‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 135 sur 223 · MADAME DE LALANNE · texte numérisé non relu

MADAME DE LALANNE

therine-Félicité Dudevant. Élevée d'abord pieusement par les religieuses de la Visitation, elle avait connu ensuite tous les succès que la jeunesse, la beauté, la forlune, peuvent donner dans le monde. Elle se souvenait particulièrement de quelle ivresse son cœur avait été transporté, lorsque, dans un grand bal donné par la ville de Bordeaux, à l'occasion du mariage du Dauphin, qui fut Louis XVI, elle s'était sentie entraînée dans le tourbillon, avec l'impétuosité de sa vive nature. Mais de retour chez elle, seule et dans le silence, elle s'était senti l'esprit si agité, le cœur si vide, la conscience si tremblante, que, se jetant à genoux, elle avait promis à Dieu de ne plus danser de sa vie.

M"® Dudevant dut encore se prêter au monde, mais elle ne s'y donna plus. Sous les plus riches parures, elle rêvait à la robe de bure des filles du Carmel. Elle épousa cependant, à l'âge de vingt ans, M. de Lalanne, noble et riche chrétien, tout à fait digne d'elle. Au retour de cette splendide solennité nuptiale, qui avait attiré à l'église la ville entière, la mariée, rentrée seule dans son oratoire, avait fait à Dieu cette prière et celte promesse : « Mon Dieu , bénissez le lien que vous venez de former; mais si, par votre volonté, il venait à se briser, je n'en veux plus contracter d'autre qu'avec vous ! »

Tout entière à son mari, et, à cause de lui, se prêtant sans contrainte à la société, aux voyages, à la magnificence, la jeune épouse n'en fut pas moins la plus généreuse chrétienne de Bordeaux. Elle se voua aux bonnes œuvres. Elle allait trois fois la semaine dans les hôpitaux, y panser les maux les plus rebutants, sans être reconnue ; elle donnait, à certaines fêtes, un repas à deux

cents pauvres, et les servait de ses mains; elle retirait de l'abîme du vice les filles perdues, et commençait, à Bordeaux, l'œuvre du Bon -Pasteur. Elle se consacra surtout à la préservation et à l'éducation des jeunes filles du peuple, construisant et dotant, de concert avec son mari, un orphelinat qu'elle gouvernait ellemême. Telle était sa vie , quand la Révolution , venant à éclater, força le bienfaiteur et la bienfaitrice de tant de malheureux de quitter leur patrie et d'émigrer en Espagne.

Ce fut le commencement des épreuves de M""" de Lalanne, mais aussi le principe de sa perfection. Retirée à Saragosse, elle y faisait encore le bien, mais à la fin tout lui manqua. Elle avait un frère avec lequel elle était, depuis leur première jeunesse, dans une union d'âme qui rappelle celle de sainte Thérèse et de son frère Rodrigue. Ce frère, devenu prêtre, s'embarqua pour les missions; son vaisseau se perdit, et on ne sut jamais ce qu'il était devenu. Sa mère la quitta, sa fortune lui échappa en très-grande partie; elle ne retrouva la France qu'en 1803, après onze ans d'exil. Du moins son mari lui restait encore ; elle eut, en 1816, la douleur de le voir expirer dans ses bras. C'était l'heure de se rappeler sa promesse d'autrefois : « Dieu seul!... » telle fut sa réponse à ce coup de la mort Elle se fit religieuse • dans la communauté des sœurs de la Providence, qu'elle avait établie pour la direction de ses jeunes orphelines; mais l'humble congrégation, qui se recrutait avec peine, aspirait à se « jeter dans le Cœur de Jésus » : c'est rexpre>;sion même de M™" de Lalanne. Une visite qu'elle lit à la maison des l^'euillants lui insj)ira un irraïui désir de se réunir à la société de M"" Barat. Mais elle si

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