FONDATION A FLEURISSANT
En même temps l'Amérique appelait aussi raclion de M"",® Barat. La colonie de Saint-Charles était menacée d'y périr d'inanition. Point de secours, point de pensionnaires, point d'argent, point de crédit! Ce poste n'était plus tenable. M""^ Duchesne avait beau protester de son courage et de celui de ses filles. M™® Barat lui répondait des lettres désolées. Tourmentée de leur position, et en devinant encore plus qu'on ne lui en montrait , craignant même de les voir succomber à tant de fatigues, elle leur répétait dans chacune de ses lettres : « Je désire vivement que vous sortiez de Saint- Charles, mais pour habiter un endroit plus favorable à votre vocation, et surtout pour fonder une maison de noviciats »
La mère générale écrivit dans le même sens à M^"" Dubourg. Elle fut entendue, et le 9 septembre 1819, la petite colonie se rapprocha de Saint-Louis. Ce ne fut pas sans peine que la communauté s'arracha au premier et douloureux berceau de son apostolat. M""® Aude fut suivie jusqu'aux bords du fleuve par ses pauvres écolières, et « là, dit M""" Duchesne, elle leur fit en pleurant les adieux de saint Paul ». La nouvelle résidence destinée aux rehgieuses était Saint- Ferdinand, appelée d'ordinaire Fleurissant ou Florissant , aux environs de Saint- Louis. On en prit possession le 24 décembre, en la veille de Noël. La neige était partout; on commença, en arrivant, par improviser un autel à l'Enfant-Dieu , dans une chambre nue; puis chacune se confessa. A minuit, un missionnaire, M . l'abbé Delacroix, y célébra la messe, à laquelle communièrent les religieuses et leurs cinq
1 Paris , 18 avril , 19 juillet 1819.
pensionnaires amenées de Saint- Charles. Les pauvres ouvriers irlandais et allemands, employés alors à la construction de l'école, communièrent aussi. Ce fut inoubliable; il semblait que Belhléhem revivait là tout entier, avec sa simplicité, sa nudité et sa ferveur.
Cependant M""® Barat s'était rendue en Savoie « pour y recueillir, disait-elle, les épines à pleines mains ». La dame donatrice du couvent de Sainte-Claire et le plus dévoué bienfaiteur de la maison avaient fait succéder à leur première bienveillance une ingérence tracassière. Un jour, celui-ci voulut même inculper la digne mère Bigeu devant M"'® Barat : « Non, Monsieur, lui dit celleci , en appuyant la main sur le bras de son amie, non , jamais personne ne nous désunira. » On dut se séparer. Le Sacré-Cœur quitta sa première maison; et, après un an passé dans le château de Montjex , il s'établit à Lescheraine, proche de Chambéry, où M"" Barat plaça comme supérieure la mère Angélique Lavauden, une de ses plus dignes filles.
A ces divers voyages, la mère générale ne manquait pas de s'arrêter quelque temps à Grenoble , qu'ellemême appelait d'ordinaire le lieu de son repos. Elle le trouvait surtout, ce repos de son âme, dans l'entretien spirituel de la mère Thérèse, avec laquelle elle célébra, le 21 novembre 1819, la fête de la Présentation et l'anniversaire de la fondation de sa Société. « Je puis tout dire à vous, lui écrivait -elle, tandis qu'à Paris, je ne peux parler de mes misères à i)crsonne ! » Elle-même, à son lour, entrant dans Tàme de sa fille, y faisait pénétrer ces fortes maximes que l'on trouve semées partout dans ses lettres : « Prions plus par nos vertus que par nos longues oraisons. — Soyons humbles et patientes