SES MAXIMES SPIRITUELLES
pour gouverner les autres. Oh ! que les imparfaits exigent de perfection 1 — La croix est-elle avec vous ? traitez-la en amie. Elle est la corne d'abondance des grâces spirituelles. — Voulez -vous gagner une âme qui vous est chère? il faut souffrir pour elle. — Oh! que les travaux de l'enfantement spirituel sont rudes à la nature M » Puis, comme la mère Thérèse tremblait toujours de ne pas plaire aux regards de l'Époux, sa mère la jetait dans la confiance et la sereine liberté de l'amour: « Vous vous regardez trop vous-même, il faudrait plus d'élan et de générosité. Soyez fidèle à la lumière que Dieu fait luire en vous, et bannissez la crainte. Quand votre volonté d'être à Dieu est ferme, pourquoi craindre d'être mal avec Lui^? »
Il est temps de l'ajouter : une autre fille, une autre âme, non moins avancée en vertu que celle de la mère Thérèse, malgré sa grande jeunesse, attirait à Grenoble le cœur de M""® Barat. C'était Euphrosine Jouve, sur laquelle, encore enfant, la mère générale avait fondé tant d'espoir. On ne l'appelait plus maintenant que Aloysia, du nom qu'elle avait emprunté à saint Louis de Gonzague, le jour de son entrée au noviciat de Grenoble. Mais cette appellation était plus qu'un nom pour elle, c'était devenu le programme de toute sa conduite. Les yeux sans cesse tournés vers ce jeune modèle de la vie religieuse , honorée de communications extraordinaires avec lui, Aloysia Jouve devait le reproduire dans sa vie et dans sa mort, comme par une transmission d'âme et de destinée, qui fait la merveilleuse singularité de cette existence. Nous en détacherons ici le tableau abrégé,
1 Paris, 8 décembre 1817, 7 février 1818.
2 Paris, 17 juin 1819.
moins comme un épisode inséparable de l'histoire de ^jme Barat, que comme un type excellent, sur lequel devaient bientôt se modeler les jeunes générations du Sacré-Cœur. Nous avons déjà vu comment la Société avait trouvé dans M"® Duchesne son François Xavier, nous allons voir comment Dieu lui avait suscité dans Euphrosine Jouve son Louis de Gonzague.
L'adolescence de la jeune fille avait tenu toutes les promesses do son aimable et brillante enfance. Après avoir terminé le cours de ses études auprès de M*"^ Duchesne, elle avait dû passer un peu de temps à Lyon au sein de sa famille. Là, plusieurs riches mariages lui avaient été offerts; mais, s'arrachant au monde, qui déjà avait pour elle des caresses choisies, elle était revenue, en 1814, demander comme postulante une place au Sacré-Cœur, dans sa chère maison de Sainte- Marie-d'en-Haut.
A partir de ce moment, son holocauste fut complet. Aloysia possédait les plus riches dons de l'esprit et du corps : une instruction distinguée, un rare agrément de conversation, une activité d'intelligence prodigieuse , un talent musical porté à un haut degré: elle chantait, elle jouait de l'orgue; elle versait dans de remarquables compositions mélodiques l'exubérance de son amour pour Jésus-Christ. Mais en quittant l'habit du monde, la novice se quitta entièrement elle-même, « L'orgueil a fait en moi les plus graves blessures, disait cette âme forte, il faut que la pénitence et l'humiliation les guérissent. » Dès lors, tout ce que les hommes rebutent, mais tout ce que Dieu préfère, les pauvres, les malades, les i)ctits, étaient devenus l'objet de sa prédilection. Elle eût souhait»' un emploi do sinqile sœur