CHAPITRE. PREMIER
le troisieme conseil general l education
l'esprit de pauvreté — l'hôtel BIRON
La situation générale en 1820. — L'Église et Téducation des femmes. — Les conseillères, le conseil. — L'éducation selon le Sacré-Cœur. — Elévation des principes. — Tout en Dieu, tout pour Dieu. — Solidité de -l'œuvre, son but et son caractère; piété §olide, instruction pratique. — Les instruments de l'œuvre: les maîtresses, intelligence, dévouement, sainteté. — L'amour des pauvres et de la pauvreté au Sacré-Cœur. — Achat de Thôtel Biron. — M™= de Marbeuf. — Humilité de la mère Barat. — Installation à l'hôtel Bvron. — Fin du conseil.
S'il y eut, en notre temps, une heure de grande lutte entre le bien et le mal, ce fut certainement celle que marque l'année 1820. Il y avait, de part et d'aulrè, tant de forces vives dans cette première partie de notre dixneuvième siècle! D'un côté, la Religion, délivrée de ses entraves, essayait de reprendre son salutaire empire sur
les âmes : Frayssinous prêchait, la Mennais écrivait, de Donald pensait. Chateaubriand chantait, et déjà la patrie sentait couler sur son sein, meurtri par tant de blessures, un baume qui la vivifiait. Mais d'un autre côté, ni l'impiété ni la révolution ne se tenaient pour vaincues, et de Maistrc, près de mourir, dictait ces lignes sinistres : « Je m'en vais avec l'Europe ; c'est s'en aller en bonne compagnie ^ » La France retournait à ses égarements. Il n'y avait que cinq ans que la restauration des institutions publiques semblait inaugurer une ère de stabilité, lorsque l'assassinat du duc de Berry, éclatant comme un coup de foudre , éclaira les abîmes dans lesquels nous n'avons cessé de rouler depuis ce temps -là. « Les suites de cet événement seront incalculables, écrivait M""® Barat le 19 février, nous voici réservés encore à bien des orages; » et quelques jours après : « Désirons la vraie patrie : celleci n'est plus que l'empire du crime et des forfaits-. »
Le dirai-je? quelquefois la défense de la vérité ne lui créait pas moins de périls que l'attaque elle-même. Chateaubriand ornait des fleurs magiques de son style le portique de l'Évangile, mais il en cachait la croix; et ce grand poëte, sans le savoir, conduisait les âmes sur des pentes dangereuses. Dans un grand nombre d'esprits, surtout parmi les femmes, le beau prima le vrai; l'imagination prit la place de la foi, et le Christianisme de Chateaubriand, bientôt énervé encore par celui de Lamartine, supplanta pour longtemps la solide religion de Bourdaloue, de Bossuet et du xvii' siècle.
1 I.ellP' ;i M. <l' Miurrllus.
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