SITUATION DES ESPRITS
A cette séduction des livres se joignait celle des exemples. M™^ de Staël venait de mourir, mais l'éclat croissant qui entourait sa mémoire, montrait aux femmes comment on peut se faire un nom, sans beaucoup de religion, ni beaucoup de vertu. Au-dessous d'elle, une autre femme, M""^ de Genlis, quoique fort âgée alors, continuait par l'autorité de ses écrits, la vogue de ses romans, le haut rang de ses élèves, les ravages que l'éducation à la grecque et à la romaine, l'éducation à la Jean- Jacques, avaient faits dans la société du xviii® siècle. N'était-il pas temps de réparer ces maux, de prévenir ces périls, d'arrêter cet énervement? et le sacré Cœur de Jésus n'allait-il pas s'emparer définitivement de ces jeunes générations de femmes et de filles, pour sanctifier les sources d'oi!i tout bien comme tout mal découle sur un pays?
L'éducation des femmes a été de tout temps une des sollicitudes de l'Eglise catholique. Elle l'était devenue ^surtout depuis le xvi® siècle, lorsque, à la suite de la Pxéforme et de la Renaissance, l'esprit de foi fut menacé de s'éteindre au foyer, qui est naturellement l'école de la jeune fille. Depuis lors, combien d'Ordres et de Congrégations avaient ouvert à l'enfant ces asiles monastiques recommandés par Fénelon, et dont Bossuet célébrait la religion elle bonheur^ C'étaient les Ursulines, les Bénédictines, les Visitandines, et beaucoup d'autres sociétés
1 Bossuet. Oraison funèbre de la princesse palatine, 1"= partie. — Féxelon. Avis à une clame de qualité sur l'éducation de mademoiselle sa fille : « Vous pourriez choisir quelque bon couvent où réducation des pensionnaires serait exacte... Les yeux d'une mère sage, tendre et chrétienne découvrent sans doute ce que d'autres ne peuvent découvrir; mais comme ces qualités sont très-rares, le plus sur parti pour les mères est de confier aux couvents le soin d'élever leurs filles, etc. »
dont M""" Barat ne manquait jamais, à chaque occasion, de préconiser le mérite et les travaux. Le Sacré-Cœur ne venait ni les remplacer, ni les supplanter. Il venait, à son heure, et le dernier de tous, travailler à la même œuvre, en lui imprimant le caractère spécial d'un Institut consacré à l'amour de Jésus -Christ, et mettant à son service l'expérience consommée que les Jésuites, ses premiers Pères, avaient acquise dans leurs collèges. Établir pour les filles un ordre de choses analogue, mais avec le tempérament nécessairement demandé par les facultés et la vocation de la femme : tel avait été, dès l'origine, le dessein du Père de Tournély et de son successeur. Le Conseil de 181 o en avait commencé l'organisation : ce fut principalement en vue de l'achever que M""* Barat convoqua le Conseil de 1820.
Toutes les supérieures des maisons s'y rendirent; et quand on jette les yeux sur la liste de leurs noms, on admire combien toutes , à différents titres , étaient propres à cet ouvrage. Les unes, comme M"" de Charbonnel, avaient, dès leur enfance, recueilli les traditions de ces vieilles familles françaises, si chrétiennes, si loyales, si nobles dans la simplicité de leur vie de province. D'autres, comme M""' de Gramont d'Aster, avaient connu successivement la noblesse de la cour et celle de l'émigration, et élevé dans l'exil les enfants de cette société plutôt éprouvée qu'instruite par ses revers. Les mères Geoffroy, Desmarquest connaissaient mieux les filles de la classe moyenne, qui allait bientôt devenir la maîtresse des choses. Les pauvres, les orphelines n'avaient cessé d'être la prédileclion et l'occupation (le .M'"" (le Lalanne, à laquelle la mère Barat adressa i)crsonncllemont cet appel amical : « J'ai le jilus