L'ÉDUCATION DU SACRÉ-COEUR
de leurs enfants, ce sera en se proposant de les attacher à Lui. » Si l'amour qu'elles leur portent est « tendre, mais sans faiblesse, sans familiarité, sans acception de personne, pur, désintéressé, noble, comme le veulent les règles, c'est qu'elles le puiseront en Lui. » S'il leur est permis, toutefois, de préférer les pauvres, qui sont, comme il est dit, l'œuvre par excellence du sacré Cœur de Jésus, c'est parce que le grand pauvre, le premier pauvre, c'est Lui. Si, ayant à travailler, à combattre et à souffrir, elles veulent cependant ne trouver que douceur au sein de leurs travaux, ce sera en se rappelant « qu'elles sont les instruments de sa miséricorde à l'égard de ces âmes pour lesquelles II a voulu mourir sur une croix, et qui sont la portion chérie de son troupeau; et, dès lors, qui ne trouvera doux de souffrir pour Lui' ? »
Premier principe de leurs travaux, Jésus-Christ en est aussi la dernière fm. Ce qu'elles veulent faire fleurir dans le monde, par ces enfants qui seront les femmes, les épouses, les mères de l'avenir, c'est sa religion, sa foi, son règne , toujours Lui ! Enfin leur espérance , est-il dit encore, sera de pouvoir, un jour, « lui présenter les cœurs d'une multitude innombrable d'enfants qu'elles auront formées sur son modèle, et qui propageront son culte, son amour, sa gloire. » En somme, comme l'a écrit un excellent auteur, « tout, dans l'œuvre des enfants, se réduit à deux choses: montrer Jésus, former
1 C'est presque la Iraduclion de ces admirables paroles de saint Charles à ses prêtres: « Si animas régis, medilare quo sanguine sint lavatae, et omnia vestra in caritale liant. Sic difficullates omncs quas innumeras in dies experiamur necesse est, in hoc siquidem posili sumus, facile vincere poterimus. Sic vires habebimus parturiendi Chrislum in nobis et in aliis. {Ex sancli Caroli concionc 2, in synodo \i, ad clerum.)
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Jésus. ]\Ionlrcr Jésus c'est loulc l'inslruclion , former Jésus c'est toute l'éducation. II faut faire voir Jésus partout, il faut montrer Jésus toujours'. » Entendue de celte sorte, l'éducation se transfigure; ce n'est plus seulement une œuvre de maternité, c'est l'exercice d'un sacerdoce; et l'école, cessant d'être le simple supplément du foyer domestique, se change en un sanctuaire, oiJ, de quelque côté qu'on se tourne, on est, [)0ur ainsi dire, enveloppé de Dieu.
Un autre caractère, — car ici nous ne pouvons que tracer les grandes lignes, — un autre caractère, bien fortement prononcé, de ce plan d'éducation, c'est sa solidité. L'éducation religieuse, l'éducation intellectuelle et professionnelle sont marquées à ce coin. En religion, rien de mou, de vague, de raffiné, de superficiel. La piété de surface, la piété de sentiments et d'imagination sont un si grand péril chez les femmes dans ce siècle! « On voit tant de jeunes personnes, disent les Constitutions, après les démonstrations de la plus tendre piété, se laisser entraîner aux plaisirs du monde, pour avoir préféré se nourrir de tendres sentiments, plutôt que de s'enraciner dans la foi, la crainte de Dieu et l'horreur du péché, dont les suites sont l'éternelle séparation de Dieu et les supplices de l'enfer. »
Loin de bâtir la vertu et la piété des jeunes filles sur ce sable mouvant, le Sacré-Cœur ne veut \v*uv elles que ce (pie Bossuet nomme « l'incompréhensible sérieux de la vertu chrétienne ». On leur fera donc une ])iét(! si»li(l(i (j.iiis SCS principes, et voilà pourquoi la
' M. l'iibbô Gay. De la ri<' cl des vertus chrétiennes, I. 11, p. ■■>t)i.
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doctrine chrétienne « sera l'étude principale des enfants et le premier objet de renseignement ». On leur fera une piété solide dans ses motifs, « affermissant en elles la foi et la crainte de Dieu, commencement de la sagesse; tournant ensuite, il est vrai, leurs cœurs naturellement sensibles vers le Cœur aimable de Jésus- Christ, mais en les modérant, leur laissant même toujours quelque chose à désirer, remettant sous leurs yeux l'austère mystère de la croix, et, par la vue de ce que Jésus-Christ a souffert, les animant à travailler et à s'immoler pour Lui. » — On leur donnera surtout une piété solide dans ses résultats, « en leur faisant sentir que la véritable vertu consiste dans l'accomplissement des devoirs de son état, et que toute piété non fondée sur ce principe n'est que vaine chimère et illusion funeste. » On leur proposera enfin une piété aussi solide que haute dans son modèle, « les formant, est-il dit encore, à la connaissance et à l'amour de Jésus-Christ, qui présente dans sa personne, d'une manière si aimable, l'exemple et la pratique de toutes les vertus. » Ainsi, prévenant les défauts les plus ordinaires de la piété des femmes, l'éducation du Sacré-Cœur doit tendre à opposer une foi positive aux vagues rêveries, la raison au sentiment, la sagesse à l'exaltation, et aux langueurs amollissantes une généreuse force.
La même solidité fera le fond de l'instruction. Quel en sera l'objet? Les Constitutions se contentent d'indiquer la grammaire, les lettres, le calcul, l'histoire, la géographie; mais en ajoutant ces lignes qui ouvrent un large champ aux études des femmes : « Il faudra leur faire apprendre tout ce qu'il leur importe le plus de savoir
pour la conduite de la vie et ragrément de la bonne société. » — « La science des femmes, dit Fénelon, comme celle des hommes, doit se borner à s'instruire par rapport à leurs fonctions. La difTcrence de leurs emplois doit faire celle de leurs éludes ^ »
Mais pour remplir ces fonctions de femme, d'épouse et (le mère , que de choses sont requises ! — Premièrement: posséder une culture d'esprit sérieuse et délicate, et avoir le moyen de se procurer ainsi la plus haute des distinctions, la plus précieuse des ressources , et le plus noble des plaisirs; savoir lire et penser avec discernement, apprécier avec goût, écrire avec correction, et, s'il se peut, avec charme; posséder, pratiquer cet art de bien dire par où régnent les femmes, et, pour cela, être riche de ces connaissances variées qui tirent l'entretien de la vulgarité ou de la frivolité dans laquelle il se traîne le plus ordinairement; — puis, être pour son mari une compagne d'intelligence en même temps que d'dme et de cœur, lui servir au besoin de conseil comme d'appui, pouvoir mettre en commun le trésor des lumières comme celui des aflections, partager avec lui les jouissances de l'esprit si préservatrices, et même l'y initier s'il ne les connaît pas; — enfin être capable de guider les premiers pas de ses fils et de ses filles dans la science comme dans la vie, et, par ce côté encore, conserver longtemps le respect et l'influence pour la vérité et la vertu : que de trésors d'instruction une pareille tache ne suppose-t-elle pas !
Mais si là est le but des études de la femme, là en est aussi la mesure; cl il faut liie dans le texte des Conslilu-
I lùluidliou lies / illcs, lll. M.
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lions les précautions que prend l'Institut contre le vide^ le frivole, le superflu dans ce genre : c'est vraiment admirable! S'il commence par demander qu'on rédige un plan d'études, la première chose qu'il stipule, c'est « qu'on en bannira entièrement tout ce qui n'est propre qu'à nourrir la vanité, et qu'il sera basé sur l'esprit d'humilité et de simplicité qui fait le caractère de la religion de Jésus-Christ. » — « Je crains pour la femme le goût du bel esprit, » écrivait Fénelon avant le comte de Maistre; la science éclatante est-elle dans les attributions de la mission de la femme? serait-elle même sans danger pour l'exercice de son devoir, la fleur de sa vertu, et la délicatesse de sa distinction? N'y a-t-il pas pour elle une réserve de savoir, une certaine pudeur d'esprit qui est une de ses grâces?
C'est pour la protection de celte modestie que le Sacré-Cœur proscrit de l'enceinte de ses pensionnats le déploiement de ces pompes publiques qui, d'un sanctuaire de jeunes filles, feraient un gymnase et une académie. C'est en considération de cette solidité de leur instruction, qu'il prend garde d'exciter ce qui ne tendrait qu'à développer chez elles la sensibilité ou l'imagination. Ainsi ne fait- il que se prêter, — et encore en toute réserve, — à la culture dissipante des arts d'agrément. Leur envahissement est tellement à craindre! Ils peuvent tant surexciter les facultés inférieures au détriment des plus hautes! Il est même si facile « d'excéder, dans cette partie délicate, ce que permet la morale de Jésus- Christ «!
Mais il n'en est pas de même du devoir professionnel, de l'économie domestique, du travail manuel, qu'il regarde comme un trésor, une préservation, un
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besoin pour beaucoup, une ressource pour d'autres, un mérite et un ornement pour toutes. Même il prescrit que , dans le choix des travaux ens'eignés dans ses écoles, on préfère, d'ordinaire, l'utile à l'agréable. Evidemment il s'est souvenu de la femme forte des saintes Écritures, qui tourne le fuseau, file la laine et le lin, et met la main à de rudes ouvrages.
Voilà l'œuvre dans son but, voilà l'œuvre dans son fond; maintenant, les ouvrières elles-mêmes, que seront-elles? C'est la dernière question, et îa réponse découle de ce que nous venons de voir.
Œuvre d'intelligence, l'éducation demande des maîtresses instruises. C'est à quoi l'Institut pourvoit en organisant dans son noviciat un cours d'études, que l'on devra, au besoin, prolonger au delà. Toutefois, s'il croit devoir appliquer les novices à leur instruction, ce n'est pas sans entourer de précautions jalouses cet arbre de la science, dont les fruits sont si divers. Il y a la science qui dessèche, et l'Institut prend garde que « l'application au travail n'affaiblisse l'esprit de recueillement et de ferveur ». 11 y a la science qui enfle; et l'Institut, mettant au-dessus de tout le reste « l'esprit d'humilité et de simplicité », avertit les maîtresses « de se tenir en garde contre la prétention de devenir des femmes savantes ». — « Surtout, disait le Père \'arin aux mères du conseil, gardez- vous du ridicule d'être des femme§ savantes. » De même M*"" Barat en écrivait ainsi à une de ses filles : « Il est essentiel que vous soyez instruites pour instruire vos enfants, mais modérez-vous dans r»Hude. l!li 1 tnun l)i('u, ma fille, à ii'uui nous servira d'avoir enseigné les sciences, et d'avoir perdu tant de tcnii)s à les approndi'e, si, en nièmo temps, nous no