‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 145 sur 223 · LE DÉVOUEMEM' DES MAITRESSES · texte numérisé non relu

LE DÉVOUEMEM' DES MAITRESSES

pouvons toucher les cœurs, vivifier les consciences, et enseigner aux âmes ia parole de vie^? »

Œuvre de dévouement, l'éducalion demande, non plus seulement des maîtresses qui sachent, mais des mères qui se donnent. C'est sous ce nom que les Constitutions les désignent. Elles veulent que « la maîtresse générale du pensionnat, en particulier, se regarde comme tenant lieu de mère à toutes les enfants qui lui sont confiées »; qu'elle ait pour elles « un cœur de mère », — un cœur de mère tendre qui veille sur leur corps et sur leur santé, mais, par-dessus tout, un cœur de mère chrétienne qui ait perpétuellement ouvert sur leurs âmes le regard vigilant et tremblant d'une vierge. — Puis, comme le dévouement exige des forces , de grandes forces, on recommande à ces mères de ménager les leurs, de les respecter comme un don du Ciel, non certes pour elles-mêmes, mais afin de les consacrer tout entières , sans réserve , à leur chère famille : « Pour l'amour de Jésus, mangez et dormez bien, écrivait M"'^ Barat un jour à M""" Prévost; vous êtes nourrice d'un grand nombre d'enfants. 11 faut des forces corporelles et spirituelles, ma fille, pour allaiter et soigner tout ce monde - : Tanquam si nutrix foveat filios, disait le grand Apôtre en parlant de lui-même. »

La Règle a un chapitre entier sur ce devoir de ménager sa santé pour l'éducation. « C'est pour cela, est-il écrit, que, dans la Société, la manière de vivre est commune et ordinaire, la nourriture saine et en quantité suffisante, les récréations obligatoires, et la durée du

> A M'"e du Chaslaignier, 30 octobre 1813. 2 Paris, 26 avril 1818.

sommeil de sept heures et demie. C'est encore pour cela qu'on n'y établit ni veilles, ni austérités de règle, ni jeûnes, en dehors de ceux que l'Eglise prescrit. » — « La garde de vos enfants, le travail de vos élèves, voilà votre lit de paille, voire pain noir et vos ciliccs, » disait M""^ de Maintcnon aux Dames de Saint-Cyr. « Est-ce à dire cependant que toute pénitence libre soit interdite ici? Serait-ce aimer Jésus que de ne pas courir au-devant de sa croix? Et qui pourrait comprendre la religion du Sacré-Cœur sans mortification, son culte sans sacrifice, son apostolat sans immolation? Quelle maîtresse ne sait d'ailleurs que souvent le suprême moyen de sauver une enfant est de souffrir pour elle, et qu'il y a des heures où, selon la parole de l'Ecriture, c'est « faire négligemment l'œuvre de Dieu que de lui refuser le témoignage du sang*»? — « C'est pourquoi, disent les règles, si personne ne doit, de soi-même, se livrer à ces actes de pénitence extraordinaires, on pourra néanmoins les pratiquer d'une manière louable avec la permission de la supérieure. » C'est elle qui, consultant les obligations, le tempérament, les foi', es de chacune en particulier, accordera prudemment ce qu'elle croira utile à l'avancement de ses filles, sans jamais leur permettre des indiscrétions qui, en les épuisant, seraient un larcin fait à ce qu'elles doivent aux âmes.

Élevée dans ses vues, solide dans son fond, intelligente et dévouée dans son exercice : telle est donc, en résumé*, Téducation, je n'ose dire telle que le Sacré-

I M.ilrdictus (|iii racilopus Uomiiii IVaudiilonliT, i-l malcdiclus qui proliil)cl i^'ludium buuiii a i-aiigiiino. [Jcrcin.. cap. .\i.\iii, 10.)

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