‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 148 sur 223 · MADAME DE MARBEUF · texte numérisé non relu

MADAME DE MARBEUF

lant désormais appartenir qu'à Dieu, elle se mit, avec ses deux enfants en bas âge, un fils et une fille, sous la protection de son beau -frère, M^ l'archevêque de Lyon. A vingt-cinq ans, elle prenait, comme presque toute la noblesse, le chemin de l'exil, errant pauvrement à travers la Hollande, la Hesse et l'Autriche, toujours à côté du vénérable archevêque de Lyon, qu'elle soutenait de son travail, et qu'elle ne quitta qu'après avoir reçu son dernier soupir. Le premier Consul la rappela. Elle revit sur le trône cette famille Bonaparte qu'elle avait autrefois obligée en Corse, et qui s'en souvenait. Elle rencontrait, à leur cour, un futur roi, Bernadette, qu'elle avait vu jadis, simple soldat, faire sa faction à la porte de son palais. Elle maria sa fille, elle plaça son fils, elle faisait beaucoup de bien, elle semblait heureuse, quand, le jour de sa fête, 25 novembre 1812, une lettre tombant au milieu des bouquets et des vœux de ses petits -enfants, lui apprit que son fils, le colonel de Marbeuf , venait de périr en Russie, assassiné, croyait-on, par son domestique. A partir de ce moment, sa vie n'eut plus qu'un but : racheter l'âme de ce fils. Ses prières, ses aumônes, ses pénitences, tout tendait là. Elle fit davantage encore : elle se donna elle-même, elle entra au Sacré-Cœur. « Ma mère, dit-elle alors à M""® Barat, je mets, à partir de ce jour, l'éteignoir sur mon esprit, je ne veux plus voir qu'à la clarté du vôtre! » Elle dut changer son nom jusqu'à sa prise d'habit, car elle était tellement aimée par ses fermiers, qu'ils avaient résolu d'aller la prendre partout où ils la trouveraient. Ce fut une grande religieuse, aimable pour tout le monde, austère pour ellemême. Dans la variété si riche des attraits qui ame-

liaient les âmes au Sacre -Cœur, c'était une vocation d'un ordre nouveau et touchant, que celle d'une mère venant s'offrir pour la rédemption de son fils' !

Conduite aux Tuilerios par le général d'Ambrugeac, son gendre, la comtesse de Marbeuf reçut de Louis XVIII la promesse d'un don de cent mille francs; on emprunta le reste, et l'hôlcl fut acheté par acte du 5 septembre.

On y prépara tout immédiatement pour l'installation. La première chose qu'on fit, fut d'enlever des murailles les glaces, les tableaux, une partie des dorures, effaçant partout les vestiges du monde. Ce ne fut pas assez. Même ainsi dépouillée, cette habitation parut encore trop riche pour des épouses du Dieu de Nazareth; et un arrêté du Conseil général décida que, laissant rhùtcl au pensionnat, la communauté irait se loger, comme elle pourrait, dans les dépendances occupées jadis par les domestiques et la basse-cour. « Il faut qu'en tout et partout nos enfants aient la meilleure place et la meilleure part, » disaifM'"'' Barat.

Quant à elle, cette grandeur ne lui inspirait qu'un désir : celui de se faire petite. Elle en cherchait avidement toutes les occasions; et voici, par exemple, dans quelles occupations la surprenaient quelquefois les plus brillantes visites. Un des jours qui précédèrent l'achat de l'hôtel Biron, le duc de Montmorency venant à la rue des Postes l'entretenir sur ce sujet, ne fut pas peu surpris de la trouver chez la portière, armée d'un petit balai, et occupée à épousseter, à la i)lace d'une de ses soîurs. — « Ah ! madame Barat, je vous y

ï V. Noies autogr. de M"" Davcnas, cl de la sceur Virginie Houx, page 08.

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