‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 149 sur 223 · LA PAUVRETÉ DANS L'HOTEL BIRON · texte numérisé non relu

LA PAUVRETÉ DANS L'HOTEL BIRON

prends, s'écria le duc en souriant, après Favoir considérée un peu; que faites-vous donc là? — Ce que j'aurais dû faire toute ma vie, monsieur le duc, si Ton m'avait laissée à ma place, » répondit-elle; puis elle alla le recevoir avec cette aisance modeste et distinguée qu'elle portait partout.

Ce fut le noviciat qui s'installa le premier dans sa pauvre demeure : les chambres, petites et basses, portaient encore les noms et les attributs des divers domestiques, écuyers, palefreniers, cuisiniers, barbiers, qui les avaient occupées; on avait converti les écuries en salles de communauté. M™^ Barat était contente : « Grâce à Dieu, écrivait -elle à M"° Aude, nous ne sommes pas mieux qu'ailleurs dans cet hôtel Biron, et l'endroit des écuries que nous habitons n'a rien de magnifique. J'espère que nous y pratiquerons la pauvreté, et je ne vois pas qu'aucune de nous y soit plus attachée qu'à la plus pauvre maison ^ »

Le noviciat entra chez lui le 4 octobre. Le 6 , premier vendredi de ce mois, le Père Druilhet y dit la messe, la première messe qui fut dite à l'hôtel Biron 1 II la célébra dans le salon de la Rotonde, qui, pendant deux ans encore, dut tenir lieu de chapelle, comme si Notre-Seigncur avait voulu sanctifier par son séjour un lieu où avait trôné, dans son insolente splendeur, le libertinage impie du xvui'' siècle.

Deux jours après, dimanche, le divin sacrifice y fut célébré en grande solennité par le Père Varin. Après la messe, on lui amena le noviciat à bénir. Il s'informa du jour de l'installation, et remarqua que c'était celui

i Paris, 10 novembre 1821.

même de la fête de saint François d'Assise. « Ah! dit-il en souriant, voilà une maison bien riche pour la fête d'un saint si pauvre! Ah! qu'il aimait la pauvreté! » Et là-dessus, se laissant aller, comme à l'ordinaire, à une effusion de cœur charmante, intarissable : « Un jour, raconta-t-il, le bienheureux étant allé visiter un de ses couvents, nouvellement fondé, fut scandalisé de le trouver si beau : « Retirons- nous d'ici, dit-il à son compa- « gnon, un pauvre de Jésus-Christ ne peut accepter de « loger dans ce lieu! » Disant cela, il s'en alla tout triste, et fut heureux de trouver quelque part une pauvre masure, où il passa la nuit. — Cela m'a fait penser, mes filles, que si saint François revenait parmi vous , au premier abord il ne se plairait guère dans cette maison de prince. Mais bientôt, et sitôt qu'il aurait vu le quartier que vous avez choisi, il vous reconnaîtrait pour ses sœurs en Jésus- Christ. » Il ajouta que lui-même avait coutume de répondre aux gens qui s'étonnaient de voir ses filles transférées à l'hôtel Biron : « Elles y sont, il est vrai, mais elles n'y logent pas! » L'entretien se continua, vif, gai, entremêlé de traits spirituels et édifiants. II rappela le mot de Berchmans : « Ma plus grande pénitence, c'est la vie commune, parce qu'elle est le tombeau de l'amour-propre. » Il s'étendit surtout sur le Père de Tournély et les commencements de la Société. — « Le Père Varin parla ainsi pendant plus de deux heures, qui nous parurent un instant, » rapporte le Journal. Il semblait que le fondateur clait venu transporter à l'hôtel Biron l'esprit et les plus chers souvenirs du Sacré-Cœur '.

1 JouriKil du Auvic'utl, de IbiO au 13 décombro 1S2I. — Du 8 octobre, page 17.

Page 1