LE PENSIONNAT A L'HOTEL BIRON
La translation du pensionnat eut lieu le 10 octobre. Ce jour- là, fête de saint François de Borgia, la messe fut célébrée dans la petite chapelle de la rue des Postes pour la dernière fois. Le Père Varin rappela brièvement aux enfants les grâces qu'elles avaient reçues de Dieu dans cette maison. Il leur parla ensuite de leur nouvelle résidence : « C'est un palais, leur dit-il avec son éloquente originalité, mais un palais offert à Jésus- Christ, le Pvoi des rois. Et certes, n'est- il pas juste que nous donnions un palais à Celui qui daigna naître pour nous dans une étable? N'est-il pas juste qu'après avoir vu, dans nos temps, ses églises profanées, changées en écuries, nous lui offrions des palais en réparation de ces sacrilèges? Il y est maintenant, Il vous y appelle, Il vous y tend les bras. Allez donc à Lui, ne faites attention qu'à Lui; tout à Lui, rien au monde, rien à la vanité, l'ien à la curiosité. Partez, mes enfants, et, en mettant le pied sur le seuil , n'arrêtez pas vos yeux sur ce que les grands du monde auront pu laisser là de curieux et de beau. La plus grande curiosité, la plus étonnante merveille, c'est Jésus-Christ daignant habiter parmi nous. Jetez donc aussitôt les yeux sur le tabernacle , et jurez-lui amour ^ ! » Le soir même, vingt-cinq élèves prirent possession de l'hôtel; les autres suivirent le lendemain.
La duchesse de Berry et la duchesse d'Angoulême les visitèrent bientôt. Le Journal, qui raconte toutes les circonstances de cette visite princière, ne fait nulle mention de l'humble mère Barat , tant elle savait se cacher. « Ah! combien il faut aimer la pauvreté quand
1 Journal du Conseil, par M'"" de Gramonl d'Asler, au 10 octobre.
on habile une belle maison! cli.<ait le Père Varin; combien il faut aimer l'abjeclion quand on est en rapport avec le monde et le grand monde ' ! »
Durant ces cvcnemenls, le Conseil général avait terminé son œuvre. Le 13 octobre, les élections nommèrent assistantes M*""' de Charbonnel, Bigeu*et Grosier. M™''" Desmarquest, Gliobelet, Geoffroy, Deshaycs, Prévost, Eugénie de Gramont, furent élues conseillères, et la mère Ducis, secrétaire générale. Le Conseil de 1820 avait duré deux mois. Il se dispersa, laissant M"'* Barat à l'hôtel Biron.
La voilà donc dorénavant établie dans ce palais, mais plus humble, plus petite qu'elle n'était, il y a vingtquatre ans, dans sa pauvre chambre de la rue de Touraine. « Ce qui fait la vertu, disait saint Bernard, ce n'est pas la pauvreté, mais l'amour de la pauvreté... Je veux que vous soyez non-seulement l'ami des pauvres, mais leur imitateur. Être l'ami des pauvres, c'est être l'ami des rois; aimer la pauvreté, c'est être roi soi-même ; car c'est aux pauvres en esprit, aux pauvres volontaires, que le Seigneur a promis le royaume des cieux ^ »
1 Journal du Conseil, par M"" de Gramont d'AsIcr, p. 12.
- <i Non enim paupcrias virlus repulatur, sed pauperlatis amor. Beali paupercs non rébus, sed spiritu... — Volo le esse amicum pauperum, magis ;aulein imilalorem. Amicilia pauperum, regum amicos conslituit, amor pauperlatis reges. » (S. Bernard, cpisl. 100 cl 103. — T. I, p. -iS, 49.)