‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 153 sur 223 · FONDATION A AUTUN · texte numérisé non relu

FONDATION A AUTUN

Elisa de Mac-Mahon et Agiaé Varin, nièce du fondateur, toutes deux appelées à entrer dans la Société, commencèrent le pensionnat. On ouvrit aussi une école des pauvres. Dans les décombres de l'église, se trouvait une statue de la Mère de Dieu portant son fils dans ses bras. On racontait qu'un jour, pendant la révolution, un forcené ayant tiré sur l'imago fleurdelisée de la Vierge divine, on avait vu aussitôt l'Enfant, détournant la tète, prendre l'attitude d'effroi et d'indignation qu'il conserve encore. La statue fut placée dans la petite école, où Marie signala bientôt sa protection sur ses pauvres enfants ^ M"'° Barat ne tarda pas à aller visiter un lieu consacré par de si pieux souvenirs.

A peine fut- elle de retour, que Dieu lui accorda la plus désirable comme la plus inattendue des consolations. Depuis sa séparation d'avec la Société, la maison de Gand avait passé par de rudes épreuves. Le gouvernement des Pays-Bas l'avait persécutée, dissous son pensionnat, dispersé sa communauté. Dans cette extrémité, une des principales mères. M""® de Limminghe, se ressouvint du Sacré-Cœur. A la fin de l'année 1823, elle arriva à Paris, où, après une grande retraite de trente jours, elle fut réintégrée dans la Société par j^jmc J3apat. Heureuse de l'accueil qui venait de lui être fait, elle pressa sa supérieure, M*"" de Pcîiaranda, de venir faire elle môme l'expérience de la bonté de leur ancienne mère. Celle-ci y vint, en effet, au commencement de janvier 1823, avec son assistante, M"^" Henriette Coppens. Elles se jetèrent aux genoux de ]\I'"" Barat :

1 Lors de la suppression de la maison d'Aulun, la statue fut transportée au Sacré-Cœur de Moulins, où elle est honorée sous le nom de Notre- Dame-des-Miracles.

« Ah! que ne rcvicnncnt-clles toutes! » s'écria la clémente mère en les embrassant. Dix-sept religieuses de Gand suivirent cet exemple ^ Celles qui étaient entrées' depuis la séparation refirent leur noviciat. Les autres, et à leur tête, M""" de Penaranda, furent bientôt reçues professes du Sacré-Cœur, en présence du Père Varin. « Il a fait un discours charmant et tout à fait analogue à la circonstance, raconte M""^ Barat. 11 a fini en prédisant aux nouvelles religieuses qu'elles seraient les instruments du Cœur de Jésus, pour porter un jour son Institut en Belgique; c'est probable! » Puis, admirant comment cette réunion s'était accomplie d'elle-même, sans que personne y eut travaillé que Dieu seul : « Disons donc, concluait-elle, que cette petite Société est son œuvre. Que de raisons pour nous d'en être persuadées^! » La mère de Penaranda devint bientôt supérieure de la maison de Beauvais.

Plaçons encore ici, pour n'avoir pas à y revenir, les fondations de Besançon, de Turin, de Metz et de Bordeaux,

Celle de Besançon se fit en 1823. M^' de Pressigny l'avait vivement désirée. Un jeune conseiller à la cour de cette ville, M. Charles de Tinseau, vint à Paris en conférer avec la mère Barat. Le legs d'une pieuse dame, M'"'' de Mesmay, joint à une souscription ouverte dans le diocèse, permit d'acheter « l'hôtel du gouvcrne-

1 Les autres religieuses dcmeuroronl en Belgique, où, soua la comluile de M"'" Agnès Verhelle, en religion mère Agnllie, elles purent reconstituer leur Congrégalion do Dames de l'Instruction chrétienne. C'est une Société très-édiliante, approuvée par le Pape en 1827, cl encore en possession do plusieurs o.\collente3 maisons dans les Pays-Bas.

2 A M'"" Prévost, 2'i janv. 1S23.

FONDATIONS A DESANÇON ET A TUULN 433

ment », belle maison du xvf siècle, bâtie par le cardinal de.Granvelle, et dont la mère de Charbonnel vint prendre possession le 31 juillet, fête de saint Ignace. A quelques mois de là, la mère générale y envoya comme supérieure M""^ de Rozeville, à qui elle adressa de précieux avis qui se terminent ainsi : « Que votre confiance en Jésus soit sans bornes. Tous les jours, à vêpres, la bénédiction de votre mère s'étendra sur vous et sur votre famille ^ »

La fondation de Turin fut due au zèle pieux du roi Charles-Félix, de la reine Marie -Christine, et d'une femme dont le iiom rappelle toutes les vertus, la marquise de Barol. Un ancien et beau couvent, entouré de grands cloîtres, nommé le Crucifix, fut cédé au Sacré- Cœur; et le 23 août 1823, M""^ Bigeu y installa une colonie , au grand contentement de la cour et de -la ville. Il est vrai que cette mère eut pendant quelque temps à souffrir des préventions du vénérable archevêque, ]\P'' Colombo Chiaverotti. Ancien camaldule, il n'y avait pour lui de véritables religieuses que les religieuses cloîtrées. Puis, tout ce qui venait de France était suspect à ses yeux. Il laissa sans aumônier les élèves et les sœurs. Il leur avait permis toutefois d'avoir la messe et de garder Notre-Seigneur dans leur tabernacle. « Que voulez-vous de plus, disait la mère Bigeu à sa communauté , ne possédons-nous pas Jésus- Christ? Il tient lieu de tout le reste. »

A Metz, les religieuses d'une petite congrégation, appelée de Sainte-Sophie, conjuraient le Sacré-Cœur de rendre à leur Société une vie près de s'éteindre. Cette

1 Paris, 4 janvier 1824.

43i HISTOIRE DE MADAME BARAT

fois la mère générale hésita : tant de fondations nouvelles commençaient à effrayer sa circonspection. Ce que le monde appelle initiative personnelle ne fut jamais une vertu des saints: « Nous n'avançons que forcées, disait la supérieure, c'est à ce signe que nous connaissons la volonté de Dieu. » Elle fit part de ses appréhensions au Père Varin. Le Père Tencouragea à se confier en Dieu : « Je sens bien, ma chère mère, qu'il y a de quoi s'effrayer de cette dilatation trop rapide de votre Société. Mais d'un autre côté il me semble que vous aurez toujours une réponse toute prête à donner à Notre-Seigneur, et que vous serez en droit de lui dire : Mais, Seigneur, c'est vous, c'est votre Providence qui paraissait nous poursuivre, et qui nous forçait la main*. »

La réunion s'accomplit; dix-huit dames de Sainte- Sophie reçurent Thabit de l'Institut. La maison qu'elles occupaient avait été, disait-on, sanctifiée autrefois par la présence de sainte Colette. Avec quelle fidélité et quels fruits le Sacré-Cœur l'occupa cinquante ans, c'est ce qu'attestent aujourd'hui les regrets des catholiques; c'est ce qu'attestaient aussi hier, à leur manière, les nouveaux maîtres du pays, lorsque, chassant de Metz ces pacifiques religieuses, ils n'en donnaient d'autre raison que le grave et double crime de « travailler à la déification du Pape et de la France », c'est-à-dire d'être trop bonnes catholiques et trop bonnes Françaises.

A Bordeaux, une réunion du même genre était depuis longtemps demandée par la communauté de

t liolo, -■> iii>vcinbre l^J.i.

Page 1