VOYAGE A BORDEAUX
nullement. Au fon.d, cependant, ces dames sont meilleures que nous, et il règne chez elles une très -grande ferveur. Je veux faire par -dessus tout la volonté de Dieu^ «Désormais la Société eut donc à Bordeaux deux établissements : celui du Sablonnât, laissé sous la conduite de M""® de Lalanne; celui de Sainte -Eulalie, sous la direction de M'"*' Vincent.
Voilà l'œuvre. Maintenant à quel prix la mère générale achetait -elle ces accroissements de sa Société? C'est ce qu'il importe de voir. De telles œuvres ne sont pas le fruit de l'industrie humaine : ce sont des fruits produits par la sève de la grâce sur l'arbre de la croix. « Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi, » a dit le Seigneur. Le détachement de la terre, l'élévation de l'àme, l'union à Jésus-Christ, à son Cœur, à sa Croix : telle fut toujours la loi et la condition première des conquêtes des saints. Nous retrouvons ici cette puissance divine; et dans l'intervalle des faits que nous venons de rapporter, se placent des événements d'un ordre supérieur, qui jettent une grande lumière sur l'œuvre et sur l'âme de M""® Barat.
En 1822 , la mère générale avait fait la visite de ses trois maisons de Grenoble, de Lyon et de Chambéry, puis de celle d'Autun. De là elle revint par Joigny, à la fin de septembre. « Les' vendanges se font à force, écrivait-elle à son neveu. On nous attendra pour les faire sur notre montagne. Elles me rappelleront quelquesuns de nos vieux souvenirs. Mais comme tout change, tout passe! Aussi, mon ami, je vous souhaite de ne
1 Poitiers, 18 mai, et Bordeaux , 12Juin 1825.
voir, ainsi que nous, la terre que comme un lieu d'exilé »
Cette tristesse chrétienne, amère et fortifiante, était inspirée à M'"*' Barat par les vides que la mort faisait alors autour d'elle. A Joigny, par exemple, tout était bien changé : sa maison était déserte , sa mère n'y était plus. Cette excellente femme, qui l'avait tant aimée, était morte au mois de juin de cette même année 1822 , entre les bras de son fils. « Ma pauvre mère souffre beaucoup, écrivait M""* Barat à la mère Thérèse; mon frère est auprès d'elle, afin d'adoucir ses derniers instants^. » Quant à elle, elle se refusa une consolation que désormais la règle ne lui permettait plus, donnant à ses filles l'exemple du sacrifice le plus généreux qui soit dans la vie religieuse. Le 27, elle écrivait à cette même amie : « Le bon D.ieu a terminé les longues et douloureuses souffrances de ma pauvre mère, en l'appelant à Lui dans la nuit du 21. Faites prier pour son âme : c'est la seule consolation que je puisse avoir dans une si grande peine. »
D'autres coups multipliés aficrmissoient son âme dans l'ennui de la terre, l'amour de Dieu seul et le désir du ciel. L'année précédente, M. Montaigne mourut. « Nous venons, écrivit- elle, de perdre le Père Montaigne. C'est un protecteur de plus pour nous au ciel. 11 est le seul ami qui ait connu le fond de mon âme. Je sentirai longtemps le vide de sa direction. Dieu seul donc! 11 veut notre cœur. Lui seul, et sans mélange^. » A moins d'un an de là, c'était M. Bichoron que Dieu
« Lyon, 22 août 1822.
a l'nris, 12 juin 1822.
:i A M"" Km. Uiraud, 21 ni;u> 1821.