‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 156 sur 223 · SON ENNUI DE LA TERRE · texte numérisé non relu

SON ENNUI DE LA TERRE

rappelait à Lui. « Quelle vie que celle que nous menons! écrivait-elle à la mère Prévost; quand on a passé la moitié de sa carrière, on n'a plus que des pleurs à donner à ses amis. On voit tout disparaître à ses côtés. — Ah! ne soyons qu'à Dieu, disait- elle à une autre, et soyons toute à Lui, à la vie, à la mort. Notre lampe jusqu'ici ne jetait qu'une faible lueur, mêlée d'ombre, parce que nous n'y versions qu'une huile altérée par un mélange impur. Qu'au moment de s'éteindre , elle jette une clarté plus vive, qu'elle échauffe davantage; c'est-à-dire, ma fille, débarrassons-nous de tout ce qui tient à la terre, afin d'aimer notre Dieu purement et généreusement, et de n'être qu'à Lui^ »

Une oblation si pure fut agréée par le Ciel. Bientôt vint l'heure de l'immolation; et elle eût été consommée, semble-t-il , sans un de ces dévouements rédempteurs que l'on voit apparaître quelquefois comme un mystère de l'autre monde, dans l'histoire des saints.

jyjme gapat gtQJt (Je retour à Paris depuis quatre mois seulement, quand des affaires difficiles la rappelèrent à Sainte-Marie-d'en-Haut. Je ne sais quoi lui disait que cette montagne de Grenoble allait être son Calvaire. Le 18 décembre, elle mandait à M""^ Geoffroy : « Ma nature répugne extrêmement à ce voyage, dans une saison si rude, prévoyant tant d'ennuis et le reste. Je rabats cette répugnance, par la pensée de l'étable et du voyage de Marie. Cette misère n'est que pour le corps, mais le reste est bien plus pénible : Fiat!... » Un mois après, sa crainte n'avait fait que redoubler : « Je recommande

1 A M"» du Chastaignier, Paris, 1" décembre 1822. C'est la belle parole de saint Augustin : « Minus te amat, o Deus, qui tecum amat quod propter te non amat. » [Aug. Confes., lib. X, cap. xxix.)

ce voyage à vos prières, ma mère, écrivait-elle à la même. Mon cœur est triste, il pressent d'avance ce qu'il aura à y souffrir. A l'exemple de saint Martin, non recuso laborem. Vous entendez ce latin : mais la nature en frémit ^ »

Enfin, au milieu de février, M""® Barat partit. Son cœur était brisé : elle allait renouveler la maison de Grenoble, remédier au désordre de ses affaires temporelles, à celui, plus grave encore, de son gouvernement, déplacer la mère Thérèse, et se condamner peutêtre à contrister le cœur pour lequel elle se sentait le plus d'admiration et de tendresse ^

La mère Thérèse était du ciel bien plus que de la terre. Émule de M'"° Barat lorsqu'il s'agissait d'aimer Notre-Seigneur Jésus -Christ et de s'élever à Lui, elle ne savait pas, comme elle, descendre et s'asseoir sur le terrain positif de l'administration , où elle demeurait vague, spéculative, indécise, abstraite. Sa maison s'en ressentait. Emportée par son zèle, elle avait agrandi les jardins de Sainte -IMarie par l'achat de la carrière et du terrain qui s'élève sur le Mont-Rabaud. Tout s'était transformé. Des murs de soutènement, des rampes, des contre-forts avaient été construits à grands frais dans la montagne. On y avait adossé une chapelle, on avait agrandi ou bâti des dortoirs , embelli la grande église. Pendant un an entier, chaque soir, le son de la cloche convo(iuail à une instruction faite par

i Paris, 31 janvier 1823.

2 La correspondance de M™«,Baral avec la more Thi-rose n'a pas été conservée depuis le 3 aoiM 1822 jusqu'au 29 octobre 18W. Celle lacune de vinRl cl un ans comincnçanl précisëmenl à l'époque des pénibles aflaires de (irenolile. nous prive do lire ici les consolations de M'"' Haral !i la chère 111 le qu'elle était forcée de contrister.

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