DÉVOUEMENT DE SA NIÈCE DOSITHÉE
Barat, heureux de retrouver en elle « sa petite sœur » d'autrefois, rêvait déjà de la conduire par les mêmes sentiers. « Vous rirez, écrivait sa tante à M"^ Prévost, supérieure d'Amiens, vous rirez du conseil que mon frère donne à Dosilhée de lire Rodriguez! Cette petite est pleine de sentiment ; c'est un cœur excellent et fait pour Dieu. J'espère que nous l'aurons* ».
Dieu la voulait à Lui, mais d'une autre manière. La nouvelle de la maladie de sa tante avait jeté Dosithée dans une grande agitation. Entendant autour d'elle redouter et déplorer la perte dont la Société se croyait menacée, la brave enfant dit un jour à ses compagnes et ses maîtresses : « Et moi, en quoi suis-je utile à la gloire de Dieu ? Je vais lui demander de mourir à la place de ma tante, et je le prierai avec tant de ferveur qu'il m'exaucera, j'espère. »
Le dimanche du Bon- Pasteur, où l'Évangile nous propose l'exemple de Dieu donnant sa vie pour ceux qu'il aime, l'enfant fit la communion avec une vive ardeur, et renouvela son offrande. Elle se portait bien alors, la fièvre la prit; elle fut mise à l'infirmerie; mais rien de grave ne s'annonçait. On fut lui dire à son lit que sa tante allait mieux : « Si ma tante va mieux, je pourrai aller plus mal, » dit la jeune malade. On ne comprit pas ce que voulaient dire ces paroles. Une de ses compagnes étant venue la visiter : « Allons, embrassonsnous, ce sera pour la dernière fois, » lui dit-elle en la quittant. Son amie s'étonna et ne fit que rire de cet adieu , que rien ne justifiait. La malade ayant reçu la visite de ses maîtresses et de la mère Prévost, elle les
1 Paris, 7 juillet 1822.
embrassa avec une surprenante expression de tendresse. Cependant la maladie semblait plutôt céder; on la croyait détournée, lorsque, le samedi, 3 mai, le délire se déclara ù la suite d'un vomissement. On fut consterné; ses compagnes se mirent en prière : elles demandèrent à Dieu de lui rendre, au moins, assez de connaissance pour qu'elle pût se confesser. Elle la recouvra, en effet, pendant quelque temps. Le Père Druilhet lui donna une dernière absolution et l'extrême-onclion. La pauvre enfant, sans parole, montrait au Père sa bouche, pour exprimer son désir de recevoir la communion; mais le délire recommença, et le lendemain, 4 mai, à quatre heures du malin, Dosithée rendait à Dieu l'âme qu'elle lui avait offerte en sacrifice ^
Immédiatement Dieu lui en paya le prix : M""" Barat était guérie. Le jour même de cette mort, 4 mai 1823, M. le docteur Bilon, professeur et secrétaire de l'académie de médecine de Grenoble, écrivait en ces termes à M. le docteur Terrai, médecin de la maison d'Amiens : « Après quarante- cinq jours de maladie, et plusieurs crises incomplètes, IM""" Barat est enfin en convalescence. Déjà j'ai permis quelques légers aliments; déjà la malade est restée levée près de deux heures; et, à moins d'un accident que rien ne m'autorise à craindre, bientôt M""' Barat sera rendue aux vœux de ses compagnes, comme à ceux de toutes les personnes qui la connaissent : la maladie est donc terminée. Je suis heureux de vous l'annoncer, et de vous offrir l'expression
> V. I.rllrr cirrul., «'crilo par le» élèves dWmions à la mort de Uosilliée. — V. aussi \a Notice circuljirc sur M"" l'rcvosi, p. ITi.