LE PENSIONNAT DE PARIS 45S
un jour à la mère Thérèse, nous a écrit une lettre obligeante dans laquelle elle s'étend beaucoup sur la bonne tenue de nos enfants. Tout cela, comme vous le pensez, était adressé à M'"'' de Gramont'. »
Cette faveur générale fut le moyen dont la Providence se servit pour attirer à Paris et grouper sous la main de la supérieure un grand nombre d'enfants de la classe élevée. Elle ne l'avait pas cherché; même il est vrai de dire que sa préférence, inspirée par l'esprit de l'Evangile, se fiit portée vers des œuvres moins éclatantes que celle-là. Mais, tout effrayée qu'elle était de la responsabilité que lui imposait ce choix , elle n'en chérit pas moins tendrement , noblement , cette famille d'élite, comme elle l'écrivait à M""^ Duchesne : « Quatre-vingt-dix familles qu'il faut voir, entendre, entretenir par lettres : c'est une lourde charge. Et quels parents, quelles enfants! Enfants de nobles, de ministres, etc. Ah! ma chère Philippine, que nous préférerions évangéliser les sauvages! Ils n'abuseraient pas tant des grâces du Seigneur. Nous avons cependant des enfants bonnes et solides, mais qu'il en coûte de peines et de soins-! »
M"'' Baral prenait sur elle une grande partie de ces soins : « M"'" de Gramont a tant à faire dans sa maison de Paris, écrivait cette mère, qu'il çst impossible qu'elle y tienne seule. Il faut donc bien m'y dévouer, n'ayant personne. Le bon Dieu m'aidera ^. » Dieu seul était, en effet, sa lumière et sa force. Il arrivait parfois que M"'" de Genlis, alors octogénaire, venait lui donner
1 Paris, 13 mai 1821.
2 Paris, 20 avril 1822.
3 A la mère Thérèse. Paris , 9 janvier 1820.
complaisamment ses conseils sur réducalion. — On devine ce que pouvaient clro les conseils de M'""^ de Genlis! — La mère Barat l'écoutait avec déférence, pour avoir à son tour le droit de lui parler de Dieu. « Savez-vous, disait-elle ensuite à ses filles, qui je viens de recevoir? C'est M""" de Genlis. » Elle n'ajoutait rien de plus, et s'en allait bientôt auprès de Notre-Seigneur chercher d'autres lumières.
En effet, la sainte mère ne comprenait pas l'éducation comme une œuvre à laquelle peuvent suffire les petites industries et même les grands talents. Elle la comprenait comme une œuvre surnaturelle; et voici, en conséquence, les instructions qu'elle adressait aux maîtresses générales et aux maîtresses de classe, soit à celles de Paris, soit à celles du dehors.
Elle leur disait premièrement de se faire fontaine pour devenir ruisseau, et de se remplir tellement de la vie de Jésus-Christ qu'elles n'eussent plus, pour ainsi dire, qu'à donner de leur plénitude à leurs pensionnaires. Elle écrivait à l'une d'elles : « Je suis touchée comme vous 'du sort de ces enfants, mais combien nous les aiderions davantage, si nous étions unies au bon Dieu par le recueillement, par la mort à nous-mêmes! Dieu ne nous refusera rien du fruit de nos sacrifices, si nous ne lui refusons rien de ce qu'il nous demande. » — « Vous, ma fille, écrivait -elle à une autre, quel bien vous feriez si vous étiez animée de l'esprit de Jésus! N'en doutez pas, vous aurez ac(juis l'aulorilé sur les cœurs, si vous êtes fidèle et unie à votre Epoux par le sacrifice de vous-même, car alors vous agirez par son esprit et avec Lui '. » — « Le prix de votre fidélité, écri-
l A M'"' E. Giraud. raris, 17 février \62l\.