‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 165 sur 223 · SES INSTRUCTIONS AUX MAITRESSES · texte numérisé non relu

SES INSTRUCTIONS AUX MAITRESSES

vait-elle encore, sera le règne de la piété dans le cœur de vos enfants. Ah! ma fille, je ne puis dire combien l'esprit de prière, l'union avec Dieu, le recueillement et la mortification intérieure que pratique chaque maîtresse, ont d'efficacité sur l'âme des enfants '. »

La seconde règle qu'elle proposait après le devoir d'aimer Dieu, c'était d'aimer ses élèves et de s'en faire aimer. Elle en puisait le motif dans la dignité surnaturelle et la fin immortelle de leurs âmes. De ce point de vue élevé, elle ne considérait pas les défauts des enfants comme une objection : « Sans doute, disait-elle, elles vous arrivent en de funestes dispositions, mais Dieu vous les confie pour que vous les rameniez à Lui. Si une fille du Sacré-Cœur ne peut remplir cette mission, si difficile qu'elle soit, à quoi servira donc notre vocation? » A ceci elle ajoutait cette raison décisive : « Les grâces que nous recevons du Cœur de Jésus sont proportionnées, n'en douions pas, aux besoins des âmes qui nous sont confiées ^ » Ainsi point de répulsions, point de préventions, point de comparaisons désavantageuses entre les élèves qu'on laisse et celles que l'on prend. « Leur orgueil ne pourrait soufi"rir la préférence, disait-elle encore, et elles ne vous aimeraient pas. Prenez d'abord une bonne opinion de vos enfants, et ne les traitez pas avec sévérité : il faut vous faire aimer ^. »

Cet amour des enfants, voici quels en devaient être les principaux caractères. Il n'y faut rien d'austère, jyjnie i3arat disait : « C'est un inconvénient terrible pour

1 A M""-- E, Giraud. Paris, 4 nov. 182o.

2 A la mère Emilie. Paris ^ 4 nov. 1823.

3 A la mère A. Michel 1816.

une maîtresse d'avoir avec ses élèves un Ion grondeur et trop sévère. Elle les détache de la maison. L'ennui gagne insensiblement tout le pensionnat, et le dégoût de la piété en est la conséquence'. »

Il n'y faut rien de mou non plus : « Que les maîtresses soient bonnes avec les enfants, rien de mieux, disait-elle ; mais elles ne doivent point souffrir leurs flatteries, ni les attirer à elles. Plus on les aime véritablement, et moins on les flatte; moins on leur fait de caresses, plus on leur doit de soins-. »

Surtout il n'y faut rien que de Dieu et pour Dieu. Voici comment elle s'exprimait, sur ce sujet, dans une conférence à la maison de Paris: « Faites donc, leur disait-elle, abnégation de toute attache, même pour les enfants qui vous sont confiées, n'ayant d'autre vue que l'amour de Dieu et le désir d'attirer à Lui ces jeunes cœurs. Vous serez invulnérables aux grâces de leur âge; vous vous tiendrez en garde même contre les avances qu'elles pourraient faire afin de gagner votre cœur. Votre cœur, mes bonnes filles? mais il n'est plus à vous. Le cœur de ces enfants? mais il ne vous appartient pas! Et qu'arriverait- il, grand I)icu ! si vous vous laissiez prendre dans ces filets de la terre? Vous deviendriez aussitôt incapables de tout bien, parce que vous n'auriez plus que la passion pour guide. Mais si , au contraire, c'est Dieu, et Dieu seul, que vous avez en vue, Dieu sera avec vous : il vous distribuera les lumières et les grâces à mesure qu'elles seront nécessaires à votre œuvre. Il fécondera les germes qne vous aurez semés; il leur fera i)orter des fruits que peul-èire vous ne

« A M'"" Giraiid. l'.iris, îi juin 181'.>.

■^ A M"" Kmilic liirniid. l'nris, .'> avril 1821.

RESPECT ET AMOUR DES ENFANTS 4o9

verrez pas mûrir, mais qui n'en mûriront pas moins aux rayons de son Coeur. Et quand un jour, plus tard, même au sein des plaisirs que le monde leur offrira, vos élèves se rappelleront l'image de leurs maîtresses, elles se souviendront du bonheur qu'elles lisaient sur vos visages au milieu de vos sacrifices; et elles se diront alors qu'on peut êlre heureux en n'aimant que Dieu seul. Allons, soyez chrétiennes, soyez apôtres, soyez hommes, et renoncez à toutes les faiblesses de femmes ^ »

Formée par ces leçons, la maison de Paris offrait un aimable spectacle. Ce qui résultait d'abord de la vertu des religieuses et de leur union avec Dieu , c'élait le respect des enfants. Elles ne s'offraient à leurs élèves qu'environnées d'une sorte de prestige sacré. « Dans toutes nos maîtresses , même dans les plus jeunes, rapporte une ancienne pensionnaire, nous honorions les épouses du Cœur de Jésus. En voyant leur sainteté, nous en devinions la source, et nous nous disions entre nous : Combien Dieu doit les aimer et se communiquer à elles dans la prière ! Nous les considérions comme nos anges gardiens , tellement anges à nos yeux, qu'elles nous apparaissaient comme des êtres à part, affranchis par la grâce de leur vocation et la sainteté de leur vie, de ce qui est inhérent à notre humanité. Mais si chacune d'elles nous présentait une des faces du Cœur de Jésus-Christ, selon le caractère propre de sa perfection, notre mère générale nous apparaissait comme le type fidèle de Notre -Seigneur lui-même et de son Cœur adorable ^ »

1 Conférence de M-= Baral, 27 juillet 1827.

2 Noies de la mère Julie de lîaillcl.

« C'était vraiment une mère au milieu de ses filles, nous rapporte le même témoignage. Des que nous l'apercevions dans une avenue du jardin , nous courions à elle, nous l'entourions en cercle, nous sentions que son regard lisait tout dans le noire, et nos cœurs se livraient tout à elle. Elle nous faisait jouer sous ses yeux , elle encourageait nos jeux par des récompenses. Quelquefois aussi elle se mettait à nous raconter une histoire; alors, pas une de nous qui ne fût suspendue à ses lèvres. Non contente de nous voir en récréation, elle nous faisait venir chez elle en particulier; et avec quelle bonté elle s'informait de tout ce qui nous concernait, de nos pères et de nos mères, de nos frères et de nos sœurs! chacune de nos familles semblait être devenue la sienne. Nous l'écoulions nous parler, comme si c'eût été Noire-Seigneur lui-même, et nous ne la quittions pas sans qu'elle nous eût fait promettre de revenir la voir '. »

Il n'y avait pas de détail, si minime fùt-il, que n'embrassât sa sollicitude maternelle. Nourriture, vêtement, logement, santé, tenue, rien ne lui semblait petit de ce qui, de loin ou de près, intéressait ses chères enfants. « Quelle que soit votre gène, n'économisez pas sur la nourriture, écrivait-elle à une supérieure ; il faut fjue vos enfants soient bien soignées, leur âge le demande, les parents l'exigent, et ils y ont droit*. » Parlant à M""* Eugénie de Gramont de l'attention à donner aux santés délicates : a Je recommande partout, lui écrivait-elle, qur l'on excède plutôt dans lo liop (jUt' dans le

• Noies (It; la iik'ti- Juli<' (i«^ itaillet.

'■' A In mûre TIutôsc , Paris, 17 juillet 1821.

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