‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 166 sur 223 · SA SOLLICITUDE DE MÈRE · texte numérisé non relu

SA SOLLICITUDE DE MÈRE

moins, avec discrélion toutefois. Vous soignez à merveille celles qui sont malades, c'est une justice que Ton rend à vous et à M. le docteur Récamier; mais vous secouez trop les indispositions : les parents s'en sont plaints... Ces traits de négligence non-seulement nous font tort, mais ils blessent la conscience, car nous répondons des corps aussi bien que des âmes'. »

Quelle sollicitude ne témoignait-elle pas pour la santé de chaque élève en particulier ! Que de fois ne l'a-t-on pas vue, malgré raccablement des lettres et des affaires, laisser tout pour aller remplacer Tinfirmière auprès du lit d'une enfant, se faisant enfant elle-même pour distraire sa malade en partageant ses jeux.

Que si la vigilance de quelques-unes des maîtresses était prise en défaut sur ce point essentiel, elle entrait en courroux; c'était alors la lionne qui défend ses petits, quasi leœna, comme dit l'Écriture; et plusieurs de ses sœurs se souviennent encore des pénitences sévères qu'elle leur infligeait pour ce genre de manquements, toujours graves à ses yeux.

Elle attachait aux études uï^. grande importance. Elle voulait qu'on aimât la saine littérature, et elle en donnait cette belte raison qu'elle élève les âmes, les fait vivre dans un monde épuré et supérieur, les déprend de la matière et les fait aspirer à Dieu^ Elle exigeait surtout que l'instruction religieuse fût l'objet d'une diligence toute particulière. Non contente des éléments de la doctrine chrétienne, elle avait désiré que les grandes pensionnaires eussent à la base de leur foi de solides

1 Bordeaux, 18 juin 182o.

2 Koles de la mère Julie de IJailIeL.

462 HISTOIHE DE MADAME DARÂT

notions de saine philosophie, nlin de se rendre compte à elles-mêmes de leur religion, et au besoin, d'en rendre compte aux autres '. Le Père Roger, le Père Barat faisaient des instructions dogmatiques aux élèves. ]\|!n- Frayssinous présidait aux examens. Môme il ne dédaigna pas de venir quelquefois leur lire les conférences qui enthousiasmaient ses hommes de Saint- Sulpice-; enfin une bibliothèque de livres substantiels, indiqués aux jeunes filles par la supérieure, devait achever le bienfait de ces instructions.

jyjme Bapat fut informée un jour qu'une de ses filles, — c'était pourtant une de ses plus dignes filles, — se relâchait sur ce point principal de l'instruction et de l'éducation religieuses des enfants. L'étonnement , la douleur, l'indignation du zèle éclatent dans ces lignes : « Si ces rapports étaient vrais, ils me désoleraient, ma fille; ce serait le tiisi œdi/lcaverit domumf Hélas! nous nous donnerions bien de la peine pour une éducation du monde; et leurs âmes, que deviendraient -elles? Dans ce siècle d'indifférence et de peu de foi, ce qu'il faut, au contraire, c'est les fonder dans les principes, les frapper par l'exposé des vérités de la religion; insister sur la brièveté de la vie, les deux éternités, la vanité des choses de ce monde quand elles ne se rapportent pas au salut. Ahl ma fille, vous (jue Jésus a touchée et éclairée si profondément sur la vanité et le mensonge, comment seriez- vous superficielle pour les âmes qui vous sont confiées, et pour le salut desijuellcs vous avez d<*jà fnit lant de sacrifices? Non, je ne puis le

• Noies (le la mère Julie de Haillel.

2 \'. Jdurnal de la maison de l'aiis, 12 avril !821.

Page 1