‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 167 sur 223 · LA FORMATION DE SES ENFANTS · texte numérisé non relu

LA FORMATION DE SES ENFANTS

croire; hâtez-vous de me rassurer, dites-moi tout sur ce sujet'. ^>

Nous ne reviendrons pas sur le devoir du travail, du travail intellectuel et du travail manuel tant recommandés par les Constitutions : c'était un autre sujet des pressantes instructions de M""^ Barat à ses pensionnaires. Quel honneur de pouvoir vêtir Jésus-Christ luimême en ornant ses autels, ou en habillant ses pauvres! Ce qu'elle ne recommandait pas moins chaleureusement, c'était le soin des serviteurs et des domestiques, de leur santé, de leur salaire, de leurs âmes surtout, rappelant les plus beaux traits de l'Ecriture et de l'histoire, où l'on voit le serviteur faire partie de la famille, et finir sa vie entouré d'égards au foyer de ses maîtres. La bonté, la largesse même pour les gens de service, chez soi, en voyage, chez les autres, partout, lui semblait une loi pour les classes élevées; et quand elle voyait ses enfants de Paris se porter d'elles-mêmes à quelque générosité envers ces bonnes gens, elle en était ravie : « Ah! vous êtes mes enfants, » leur disaitelle alors, — « Avec cette parole, elle nous eût fait aller au bout du monde, » nous rapporte l'une d'elles.

Une fois au pensionnat, toutes les élèves devenaient égales à ses yeux, sans distinction de rang ou de parti. Rien ne lui semblait plus ridicule {|ue d'occuper de politique ces têtes de jeunes filles, rien de plus malheureux que d'admettre entre elles ces conflits d'opinion qui divisent les hommes. « Défendez, écrivait- elle à la supérieure de Paris, défendez aux vôtres de jamais parler d'opinion aux élèves, c'est le plus sûr. Au cou-

1 A M'"= Aude , Aix , o mai 1832.

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vent, tout se trouve sur la même ligne. Ah! pourquoi tout le monde n'y est-il pas? Il serait et mieux gouverne et plus heureux' ! »

Parmi ces jeunes filles qu'elle aimait au même litre, il en est envers qui elle exerçait une libéralité dont ses lettres nous témoignent la délicatesse. C'étaient celles que leur position ou les coups du sort avaient faites moins heureuses. « Ma bonne fille, écrivait-elle à M"'" de Gramont en parlant de deux enfants de son pensionnat, j'ai appris que ces demoiselles avaient perdu leur mère. Si cette nouvelle est vraie, vous feriez bien d'écrire au père de votre part et de la nôtre, afin de lui offrir nos services pour ses enfants. Tournez cette offre de manière à lui faire comprendre que c'est par attachement et intérêt pour ses filles que vous lui offrez de remplacer leur mère, autant que cela se peut-. » — Et à jyjme Pi^evost, supérieure d'Amiens : « Eugénie m'a parlé du désir que vous avez d'adopter une pensionnaire. Ce n'est pas moi qui veux vous refuser ce plaisir. Vous m'en ferez un véritable, de recevoir cette bonne petite Hélène qui est sans ressource. Nous vous la conduirons si vous l'acceptez-'. »

Une maîtresse générale ayant cru devoir s'excuser auprès d'elle de ce qu'elle avait recueilli dans son pensionnat une jeune fille sans ressource, sans mère, et de plus très-malade: « Non, lui répondit la généreuse mère, non, jamais, ma fille, je ne blâmerai un acte de charité accompli avec discernement. Vous avez donc bien fait de recevoir chez vous cette jeune personne, à qui la

t A M'" de Gramont, Turin, 2;i juillet \S:V1. 2 Grenoble, 22 juin 1818.

•i Vin'is, :5ils.-|.l.nibro lsl8.

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