‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 168 sur 223 · SES ENFANTS PRÉFÉRÉES · texte numérisé non relu

SES ENFANTS PRÉFÉRÉES

Providence a envoyé une croix aussi pénible que cellelà. Il était dans l'ordre que vous lui tinssiez lieu de mère. Puis, ajoutait-elle, — et cela est admirable, — n'ayant pas de malade chez vous dans le moment, il faut convenir que c'était une tentation pour vous d'en prendre une. Vous en éviterez plusieurs à cause de cet acte de charité, j'en alla confiance. Dieu ne laissera pas ce dévouement sans récompense ^ »

Les plus petites enfants étaient spécialement l'objet de la prédilection tout évangélique de la mère Barat. Elle ne se défendait pas de cette inclination, qui devait croître avec les années. « Nous avons à Paris, écrivait- elle un jour, une quinzaine d'enfants de cinq à huit ans, anglaises, américaines et françaises. Je leur ai donné une de nos maîtresses les plus capables; c'est une grande servitude, mais on ne peut rien voir de plus intéressant ; et quel bien on peut faire ! Profitez de cet exemple, et ne confiez cette classe qu'à de bonnes maîtresses. Avant la révolution, la maison des Ursulines de Clermont-sur-Oise, dirigée par M. de Lamarche, était peut-être la meilleure de France. C'était la supérieure qui avait pris les petites pour son partage. Ah ! qu'elle avait raison! Si je pouvais, ma chère fille, je n'en choisirais pas d'autres'^ ! »

Une autre classe d'enfants semblait avoir les préférences de M""" Barat. C'étaient les incorrigibles, ou du moins celles que leurs maîtresses regardaient comme telles. « Nous n'étions pas parfaites, raconte le témoin que nous avons déjà cité. On nous classait rondement

l A M""= Em. Giraud. Paris, 17 mai 182G. •2 A M"' de Rozeviile, Paris, 8 juin 1830.

en trois catégories : les bonnes, les médiocres, les méchantes élèves. A certains jours, notre vénérée mère, venant au pensionnat, faisait lire ces listes devant elle. Alors elle s'adressait personnellement aux méchantes, qui étaient plutôt des enfants tapageuses , et avec quelle bonté, et en même temps quelle force, elle les corrigeait' ! »

C'était surtout à l'orgueil que l'iiumble mère faisait une guerre à outrance, comme elle nous l'apprend: « Je vous assure que je ne ménage point nos demoiselles. Je sais que l'on se perd par l'orgueil, et ici, plus qu'ailleurs, il règne en maître-. » Et, de vrai, l'amour de soi et le mépris des autres étaient une forte tentation dans cette maison de Paris, sorte de petite cour que tout exaltait : sa naissance, son rang, sa fortune, le nom de ses protecteurs, et jusqu'à celui de ses institutrices. Un jour il arriva qu'une maîtresse nouvelle leur ayant été donnée, quelques élèves remarquèrent qu'elle n'était pas noble, et elles osèrent en faire l'observation. Ce propos, rapporté à M"'** Barat, Tindigne. Elle assemble le pensionnat, prononce quelques mots fermes sur le respect dû aux représentants de l'autorité de Dieu; puis, à la fin : « Mesdemoiselles, telle est la loi du Seigneur, mais telle apparemment n'est pas votre manière de voir, à vous qui ne voulez que des dames nobles pour maîtresses. A ce compte, quant à moi, je n'ai qu'à me retirer, car je suis loin d'être noble. Mesdemoiselles, adieu, vous ne me verrez plus. » Ce fut un coup de foudre; les plus cou-

I Notes de M'"' Julie ilo Haillel.

^ A M"" Éin. tiirautl. P;iris, 12 décembre IS|8.

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