‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 169 sur 223 · LES ENFANTS ORGUEILLEUSES · texte numérisé non relu

LES ENFANTS ORGUEILLEUSES

pables se jetèrent en larmes à ses pieds pour la prier de rqster et de leur pardonner.

C'est sans doute à ce fait que M""^ Barat faisait allusion , quand elle écrivait à la mère Thérèse : « Nos élèves nous donnent beaucoup de sollicitude, elles sont pleines d'elles-mêmes. Je les ai bien humiliées un jour en leur disant que nous étions très- punies de n'avoir que des nobles, et que dorénavant je leur préférerais la bourgeoisie. Une d'elles jetait lesiiauts cris à cette menace. Ah! que l'humilité est aimable partout; mais qu'elle est peu connue du monde ' !»

Le nombre était petit de celles qui résistaient à de si fortes leçons et à de si pressantes poursuites. Toutefois, dans ce temps-là, douze des plus difficiles, s'opiniâtrant dans un esprit qui n'était pas le bon. M""" Barat les fit séparer de leurs compagnes et isoler entre elles; puis elle-même se chargea de ce petit troupeau.

Le grand remède à ses yeux, quand elle sentait sa maison menacée ou envahie par l'esprit du monde, c'était de faire donner, en certaines occasions, la retraite spirituelle. En même temps elle faisait mettre ses filles en prière , et il n'y avait pas de mortifications que celles-ci ne s'imposassent pour le salut de ces âmes. Un jour M"^ Barat faisant aux pensionnaires une forte réprimande, termina par ces paroles : « Eh bien! pendant que vous manquez ainsi à tous vos devoirs, savez-vous ce que font vos maîtresses? Elles se livrent pour vous à de telles pénitences, qu'un de ces jours derniers, une personne de confiance, me montrant un instrument dont mes soeurs se frappent et qui était tout

1 Paris, 13 janvier 1819.

ensanglanté : « Voilà ce que font vos clames, me ditc< elle, elles se tuent! » Oui, mes enfants, elles se tuent, et elles se tuent pour vous ! » L'entendant parler ainsi, tout le monde pleurait.

Quand elle avait brisé de la sorte les cœurs rebelles, M™^ Barat y versait, comme elle disait, le vin et l'huile du bon Samaritain. Prenant à part les jeunes âmes touchées de repentir, elle les exhortait, recevait leurs promesses., et se réservait à elle seule le soin de leur conduite. Ces pauvres enfants, flattées d'une pareille protection, tâchaient d'y faire honneur. Elles étaient fières de dire : « Je suis à M""^ Barat. » Ce n'était certes pas le signe d'une conduite sans reproche, mais c'était déjà un gage assuré de conversion.

En effet, je ne sais quelle pénétration toute surnaturelle faisait apercevoir à la supérieure des fruits de salut, là oi^i les autres se refusaient à en voir même des germes. Un jour, M™° de Gramont lui confiait le désespoir où la jetait l'indiscipline d'une de ses enfants. ^|me Parât était loin. « Je ne sais, lui répondit- elle, à bout d'expédients, je ne sais que vous dire pour Annette, ni quel conseil vous donner. Cette enfant a une tête de feu; mais prenez patience jusqu'à mon retour, nous verrons'. » En effet, dans cette enfant à tète de feu, M™° Barat avait reconnu un cœur d'or, a Engagezla à m'écrire, afin que j'aie l'occasion de lui répondre, » mandait-elle à M""^ de Gramont. Elle la prit donc par le cœur, elle la transforma. Et quelle grande chrétienne, quelle courageuse amie de sa sainte maîtresse, quelle servante de Dieu, de l'Église, des pauvres, de loutcs

I lUiiu', mai ix^.'i.

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