‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 170 sur 223 · SES CHÈRES INCORRIGIBLES · texte numérisé non relu

SES CHÈRES INCORRIGIBLES

les causes généreuses,- elle fit de cette enfant; nous pourrions le raconter, si la vénérable marquise d'aujourd'hui, si différente de l'Annette de 1825, ne pouvait être reconnue à quelques-uns de ses traits.

Une autre, — c'était sa sœur, — avait une vivacité qui ne la rendait pas moins rebelle au règlement que « redoutable à ses compagnes » , comme s'exprimait l'une d'elles. Thérèse était une de ces natures exubérantes qui étouffent dans le cadre d'une règle uniforme, ^jrae papat, conçut la pensée hardie de l'en faire sortir pendant quelque temps pour la diriger. Elle la prit auprès d'elle, et lui traça l'ordre et l'emploi de sa journée, dans laquelle, il faut le dire, les promenades au jardin tenaient une grande place. Elle l'emmenait ellemême dans ce qu'on appelait en ce temps-là la prairie; mais elle ne l'emmenait pas seule. On avait envoyé à la maison de Paris la brebis dont M""^ Barat avait conquis l'amitié durant son séjour à Bordeaux. Robine amusait Thérèse, sous la garde de sœur Fanchette, que M™® Barat « rendait responsable de ses deux brebis » , comme elle s'exprimait. « Le grand air, la liberté, l'exemple de la douce et docile Robine , surtout les entretiens dont notre mère favorisait souvent sa protégée, raconte sa compagne, apprivoisèrent peu à peu cette nature farouche, et jetèrent dans son âme le germe d'une foi vive , qui développa dans la suite les plus fortes vertus*. »

La seule chose qui trouvait M""*^ Barat impitoyable, c'était le vice, et ce qui lui ressemblait même de loin. Rien n'égalait sa sollicitude à cet égard. Écrivant un

i Notes de M"'« Aymardine de Xicolav.

jour à une supérieure dont les yeux, ordinairement attachés au ciel, ne se tournaient pas assez du côté de la terre : « Redoublez de surveillance, les enfants du Midi en ont surtout besoin... Vous ne vous en doutez pas assez. Dieu vous le reprocherait. Ah ! que votre pensionnat me donne de sollicitude! » Quant à elle, s'il se trouvait dans une de ses maisons quelque enfant dangereuse, sa charité inquiète n'avait point de repos qu'elle ne l'eût vue dehors. « Il faut expurger le troupeau en chassant la brebis galeuse , » écrivaitelle à M"^° Giraud; et à M'"' de Gramont : « Telle enfant me pèse; séparez- la des autres avant qu'on la renvoie, et s'il faut encore en renvoyer quelque autre pour purger le pensionnat, n'hésitez pas. Combien tout cela me cause de sollicitude' ! »

Cette sollicitude pour l'innocence des âmes lui lit proscrire du pensionnat les toilettes mondaines, les représentations théâtrales, tout ce qui pouvait troubler ou du moins agiter de jeunes cœurs « qu'un rien enflamme », comme elle s'exprimait*. Pour riiabillcment des élèves, elle donnait des prescriptions pleines de sagesse et de goût. « Tendez, pour vos enfants, le plus que vous pourrez à la simplicité, sans heurter les parents, ce sera toujours le mieux. Ilélae! je sais bien que la piélé ne s'accorde guère avec la vanité. Si l'on pouvait chez vous, comme nous faisons ici, leur laisser une mise un peu plus élégante, sans que les enfants y pensent?.,. Tout cela est bien difficile. Priez donc Jésus de vous éclairer, et faites ce tpi'il vous dira au fond du

• Lyi'ii, 7 ili'coiiiijri' 1^1".».

2 I,n ronamliÏTe, 22 cliio. 1819, à M'"- .le (.lainoitl.

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