SA NAISSANCE
cette histoire , est une bonté maternelle poussée jusqu'à la faiblesse, une délicatesse exquise, et une sensibilité qui la portait facilement à l'attendrissement.
Un fils , nommé Louis , âgé de onze ans , et une petite fille, Marie- Louise- Madeleine, dans sa dixième année, faisaient la joie de ce foyer. La naissance d'un nouvel enfant, prochainement attendue, devait mettre le comble à ce bonheur domestique, quand, dans la nuit du 12 au 13 décembre de cette année 1779, un violent incendie éclata dans une maison de la rue Neuve, contiguë à l'habitation de la famille. La demeure de Jacques Barat fut préservée des flammes ; mais sa femme en ressentit une commotion violente qui mit sa vie en péril et hâta de deux mois le terme de sa délivrance. Ainsi naquit, dans cette nuit tristement illuminée des lueurs de l'incendie, et comme enveloppée de flammes, l'enfant prédestinée dont nous avons entrepris de raconter la vie.
Cette enfant était si frêle qu'on crut urgent de lui conférer le baptême , et dès le matin on la présenta à l'église. — C'était le jour de sainte Lucie, une des vierges martyres de la primitive Église. — L'empressement qu'on y mil fit prendre pour marraine la première jeune fille qui se trouva présente *. Mais ce ne fut pas sans une inspiration d'en haut qu'on donna pour parrain à l'enfant Louis son frère. Il commençait alors au collège de Joigny ses premières études, et déjà le Seigneur préparait en lui le guide et le père de cette âme.
1 Elle s'appelait Louise-Sophie Cédor, et ce nom est la seule chose que nous connaissions d'elle. — L'acte du baptême existe à la mairie de Joigny, d'oîi nous l'avons tiré.
La mère survécut à l'accident qui avait failli la mettre au tombeau. Elle guérit, et dès lors sa tendresse s'attacha de prédilection à la fragile créature qui n'avait qu'un souffle de vie. Grâce à son dévouement, l'enfant reprit quelques forces, et l'on put espérer de prolonger ses jours.
On ne tarda pas à voir percer dans Sophie -Madeleine une intelligence d'une précocité extraordinaire. « Je n'avais que dix-sept mois , lorsque je m'aperçus que j'existais \ » écrivait -elle plus d'un demi -siècle après. Une des premières choses qu'elle entendit raconter fut la sinistre circonstance de son entrée dans la vie. Elle ne l'oublia plus ; et, dès qu'elle sut parler, si quelqu'un lui demandait : « Qui vous a mise au monde? » l'enfant ne manquait pas de répondre gravement : « C'est le feu. »
On eût pu le croire, en effet, envoyant tant d'ardeur et de vivacité dans une si petite fille. Ses mouvements, sa démarche, sa parole, son regard , tout en elle dénotait l'exubérance de la vie. Elle aimait passionnément le jeu, et elle y excellait. La première partout, elle avait quelquefois des songes prophétiques dans lesquels elle se voyait devenue une grande reine, et elle le racontait à ses jeunes compagnes.
Cependant, sous les grâces d'un esprit qui éclatait en de vives et fines saillies, on distingua promptemenl le fond d'un jugement sûr, qui , un jour, devait faire de cette âme complète l'instrument des plus grandes choses entre les mains de Dieu. Ce qui la caractérisa de bonne heure, ce fut le bon sens, « ce maître de la
1 /.élire à son neveu S/ani"s/a.<5 Dusaussoy. — Turin , *,• juillet 18;{2.