‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 171 sur 223 · L'INNOCENCE DES ENFANTS · texte numérisé non relu

L'INNOCENCE DES ENFANTS

cœur^. » Elle proscrivit ce vain travail de la chevelure, que l'Apôtre défendait aux premières chrétiennes. « Rien n'est plus décent, disait-elle, que les cheveux arrangés à la vierge... Je le sais, les parents ne sont guère raisonnables. Mais au fond , que nous importe que nos enfants soient moins élégantes, si elles sont plus sages ^ » A d'autres, au contraire, qui n'avaient pas assez le soin de l'extérieur de leurs pensionnaires : « Je crains que votre Elisabeth ne néglige un peu ce côté chez les enfants. Dites -lui, de ma part, qu'un tableau , si parfait que soit l'ouvrage , est peu goûté sans le vernis. Il faut réunir l'agréable à l'utile ''.»

Dans le dernier Conseil , elle avait demandé qu'un contrôle sévère fût exercé sur les visites, les maîtres étrangers, les sorties des enfants, le choix de la musique et surtout des livres. A la tête des ouvrages qui furent frappés d'interdiction , nul ne s'étonnera de voir figurer les Martyrs de Chateaubriand , alors dans toute la fleur de leur succès. « Il faut craindre d'ébranler les imaginations vives, écrivait Fénelon, et je voudrais en tout cela une exacte sobriété. Tout ce qui peut faire sentir l'amour, plus il est adouci et enveloppé, plus il me paraît dangereux*. »

Mais le grand remède du mal, — et là était aussi le terme suprême du bien , — consistait à lancer les âmes dans la piété. « L'esprit du siècle perce partout, s'écriait la sainte mère, il domine à un point qui serait effrayant, si le Cœur de Jésus ne pouvait nous re-

1 Paris, IG août 1817, à M"'= Emilie Giraud.

2 Bordeaux, 12 juin 1825.

3 Paris, 11 octobre 1835.

4 Fénelon, de l'Éducalion des Filles, cli. xi.

fondre'. » C'est donc du Cœur de Jésus aimé et imité qne M""" Barat attendait cette refonte des âmes. Les exercices que sa piété inspirait aux enfants, étaient les plus solides entre ceux que recommandent les maîtres de la vie chrétienne : la méditation, l'examen de conscience, la lecture de l'Écriture et des livres consacrés par la tradition ou l'exemple des saints. Surtout elle excitait à l'adoration du très-saint Sacrement, mais à la condition qu'on ne se présentât pas à l'autel les mains vides; et elle répétait souvent cette belle maxime : a Mes enfants, souvenez- vous qu'on n'est bien devant l'autel que quand on y sacrifie ! »

La préparation des enfants aux sacrements était la plus grave de ses préoccupations. Quelle importance souveraine elle attachait à leur première communion! Quelquefois elle acceptait l'honneur de les préparer elle-même à ce grand acte. « Au mois d'avril 1820, rapporte une pensionnaire, je me disposais à faire ma première communion avec onze de mes compagnes. Le dimanche du Bon- Pasteur avait été fixé pour la cérémonie. La veille de ce jour, le prédicateur de la retraite n'ayant pas pu donner Tinstruction du soir, la mère L-énérale fut priée d'y suppléer. On nous mena dans sa chambre; elle prit son Bréviaire, l'ouvrit au Psaume xxii : Dominus régit me, et elle lut :

« Le Soigneur me conduit, et rien ne me manquera.

« 11 m'a placé dans le lieu de son pâturage.

« Il m'a abreuvé et nuui'ii; c'est Lui (jui m'a élevé.

« 11 a converti mon âme, et m'a remis dans les sen- « tiers de la justice.

" Paris, 12 oclobro l.siS.

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