LA PIÉTÉ DES ENFAMS
« 0 mon Roi, votre sceptre m'a touchée; ô mon Pas- « teur, votre houlette m'a conduite, et je suis consolée.
« Vous avez préparé une Table devant moi, pour me « soutenir contre mes ennemis.
« Vous avez consacré ma tête avec l'huile sainte, et « qu'il est glorieux le Calice enivrant dont vous avez « fait mon partage!... »
« M"^ Barat commenta ces admirables paroles et les appliqua à la circonstance, avec une ardeur d'âme que je ne puis redire. Quarante-cinq ans écoulés depuis ne m'ont point fait oublier ce délicieux moment, et je retrouve toujours la même impression quand je récite ce psaume. »
A l'approche du grand jour, le zèle de M"*^ Barat pour ses jeunes communiantes devenait une sorte de religion. En 1827, la veille de cette fête, les petites filles déjà confessées et absoutes, étant venues lui demander de leur pardonner, la conjurèrent ensuite de les embrasser. « Ah ! pour cela, non ! leur dit-elle en joignant les mains ; pures comme vous êtes, c'est à Notre-Seigneur seul qu'il appartient maintenant de vous approcher de si près. Je n'ai pas le droit de toucher aux vases de l'autel, je les profanerais. »
Après la dévotion envers Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'était l'amour de la sainte Vierge que M""*^ Barat inspirait à ses élèves. Les plus ferventes étaient enrôlées dans la congrégation des Enfants de Marie, association pieuse, fondée presque en même temps que la maison de Paris, et qui avait ses chefs, ses lois, ses solennités , ses promotions, ses serments, ses droits et surtout ses devoirs. Le Père Varin lui-même lui avait donné ses règles. C'était également une société de zèle, non-seule-
ment dans l'intérieur du pensionnat, mais encore dans le monde, et surtout dans la famille, oi!i le bon exemple était indiqué aux congréganistes comme le plus efficace et le plus prudent de leurs moyens de conquêtes. Marie était le type qui devait perpétuellement être présent à leurs yeux. Le patronage sous lequel la petite congrégation avait été placée était celui de l'Immaculée Conception, dont le mystère, avant de devenir un article de foi , était un dogme de cœur pour tous les enfants de M'"" Barat.
Voilà l'éducation telle que la pratiquent les saints: c'est Dieu donné aux âmes par les mains de l'amour.
Ainsi s'élevait à Paris une génération de femmes à qui l'esprit français et l'esprit chrétien ont été si redevables au commencement de ce siècle; les unes exercèrent dans une position élevée une influence puissante, mettant les plus riches facultés au service des œuvres et des institutions qui sont encore aujourd'hui le soutien de l'Eglise de France; les autres, plus retirées dans le secret de leurs demeures, furent de la race de ces femmes dont l'Écriture dit « que leurs fils se sont levés et les ont appelées bienheureuses, et que leur époux s'est plu à célébrer leurs louanges ».
Nous pourrions les nommer'. Peut-être même serait-
i Nous devons mentionner du moins (|Ui.'lqucs-unes des élèves défuntes, qui appartinrent à celle époque, de 1820 à 183(1. ielles furent Mesdemoiselles : Emerance de Rougé (comtesse de Lostange], que sa mère avait formée aux fortes vertus dont elle-même était le modèle à la cour. — Marie de Lespinasse, qui, au moment de sortir pour toujours du Sacré-Cœur, avait demandé que la vie lui tCil enlevée, plutôt que d'encourir jamais la perle de linnocence. Peu de jours après elle fut laiipeléeà Dieu, en 1H22. — Kallialie de la Marche, autre co^ur angéli(|uc-, qui fut inlérieuromcnl prévenue de sa mort au jour même anniversain- il.' sa première comniuninn, el ipii partit joyeusement en appelant