APPROBATION DE L INSTITUT PAR LEON XII QUATRIÈME CONSEIL GÉNÉRAL
L'approbation canonique des Ordres religieux. — Ses avantages. — Premières démarches de M""= Barat auprès du Saint-Siège. — Bref d'éloge. — M"": Bigeu à Rome. — M™"= Barat écrit au Souverain Pontife. — Léon XII nomme une commission d'examen. — Obstacle pour la clôture. — Paroles favorables des cardinaux. — La prière à Rome et en France. — La société est approuvée. — Quatrième conseil général. — Promulgation des décisions de Rome. — La clôture est rendue plus stricte. — L'esprit de pauvreté et de simplicité. — Retraite par le P. Varin. — Fondations à Lille et à Lyon. — Fondations en Amérique : Saint-Michel, Saint-Louis. — Réception du bref d'approbation. — Vœu de stabilité. — Mort de M. de Lamarche. — Derniers moments de M">= Bigeu.
L'approbation des Ordres religieux est une des causes qui furent réservées au Saint- Siège par le quatrième concile de Latran, en 1215. C'est par elle qu'une congrégation obtient le titre d'Ordre, au sens canonique de ce mot, et entre, pour ainsi dire, dans le cadre do l'ar-
mée régulière de l'Église. 1)6 grands avantages en sont la conséquence. Non-seulement l'approbation confère aux ConsliluLions qui en sont honorées une autorité plus forte, une sanction plus haute, un caractère plus sacré, mais elle leur garantit l'inviolabilité, en les mettant à l'abri de toute main téméraire qui voudrait toucher à l'Arche sainte. De là également une garantie d'unité : ces règles ainsi protégées seront les mêmes partout; et partout oi^i il lui sera permis de s'établir, l'Ordre n'aura pas à craindre qu'une autorité locale prévale contre sa loi. C'est ainsi que l'Eglise, en approuvant une Congrégation, la fait entrer en participation de ses propres attributs et prérogatives, qui sont d'être une Société une, immuable, indépendante et universelle.
En outre de ces avantages, si précieux en tout temps, si souhaitables pour tout Ordre, l'approbation en présentait de spécialenient et instamment réclamés par le Sacré-Cœur. Malgré les garanties d'attachement à Rome que l'Institut avait données par son origine, son nom, ses fondateurs , son enseignement, ses actes, n'était-ce pas néanmoins sur ce point délicat qu'il avait déjà souffert la contradiction à Amiens, la proscription à Gand. et qu'il était encore en suspicion à Turin? Or, pour sortir de là, une seule voie était possible : s'adresser à Rome même, lui demander sa sanction, lui témoigner son dévouement, recevoir son baptême, et river à ce centre de l'Église catholique les liens de fidélité qui attachaient Tlnstilut au Co:ur de Dieu même.
En conséquence, regardant cette approbation comme un des plus grands bonheurs qui pût être réservé à elle et à sa faiiiillr, encouragée d'ailleurs par les témoi-
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gnages de bienveillance dont le Saint-Siège ne cessait d'honorer l'Institut, M""" Barat sollicita de Léon XII cet immense bienfait. « Le bon Dieu, écrivait-elle à la mère Geoffroy, le bon Dieu nous réserve celte consolation avant de descendre dans le tombeau. ]\Iais qu'il nous sera doux alors de dire notre Nunc dimittis^ ! »
A la date de cette lettre, l'affaire était déjà en préparation. En 1823 et en 1824, le cardinal Consalvi et le cardinal Pacca avaient mis à celte entreprise un zèle que M. l'abbé Perreau activait sans relâche. A Piome, le Père Rozaven ; en Suisse, le vénérable abbé Vuarin, le célèbre curé de Genève; en France, l'abbé de Pvohan, secondaient les poursuites de la Société. Elles languirent cependant jusqu'à ce que, suivant enfin la marche régulière, on eût délégué un postulateur accrédité par la mère générale elle-même. M. le comte Mercy d'Argenteau , nouvellement fait prêtre à Piome , ■accepta ce ministère, mais à la condition qu'une religieuse pénétrée de l'esprit de l'Institut viendrait en cette ville pour éclairer ses démarches. M""* Bigeu, qui se trouvait alors à Turin , semblait désignée pour cette grave mission. M""^ Barat la lui confia. « Allez, ma fille, lui dit-elle dans une lettre du 18 novembre 1823, nous allons prier et faire prier pour vous. Combien est importante pour la Société la grande affaire que vous allez traiter ! » Et le lendemain encore : « Nous n'avons plus qu'à prier et à conjurer le Cœur de Jésus de vous être favorable. Le bon Dieu veillera sur vous, puisque c'est pour son service et pour la gloire de son nom que vous avez entrepris cette importante campagne. » La mère
» Paris, 5 janvier 1824.
Bigeu se mit en route avec la mère Lavauden et la sœur Fonsala, et arriva à Rome dans les premieis jours de décembre 1825.
Sur ces entrefaites, la question de l'approbation avait été soumise à la « Congrégation chargée des consultations des évoques et réguliers». Celle-ci avait donné la conclusion suivante : « L'Institut mérite d'être loué avec des vœux simples, sous l'obéissance des Ordinaires. Le rapport ayant été présenté à Sa Sainteté dans une audience du 2 septembre 1825, Elle a daigné approuver le jugement de la sacrée Congrégation. »
C'était ce qu'on appelle un simple Bref d'éloge. ]^jme Barat le reçut avec reconnaissance. « Remercions le Seigneur, écrivait- elle à M""" Prévost, c'est tout ce que nous pouvions obtenir de plus consolant pour nous. Il est vrai qu'il manque une solennité à cette approbation. Elle est devenue impossible avec les lois de notre pairie. Que nous importe? Pour nous, l'essentiel est d'être assurées que le Père commun des fidèles nous reconnaît pour ses fdles et qu'il approuve les lois que nous suivons. Nous voilà dans le vrai chemina »
Toutefois, si ce témoignage semblait suffire à la foi soumise de M"'^ Barat, il était insuffisant pour sortir la Société de son état précaire et assujetti. Ce n'était qu'un premier pas vers le but, qui semblait très-éloigné encore; car, en suivant la marche ordinaire des choses, il fallait compter au moins dix ans d'intervalle entre le Bref d'éloge et l'approbation solennelle de rÉglise. Au lieu d'attendre ce long délai, ne devait-on pas insister immédi;ilcnienl? Le Père Rozaven en donna le
1 Paris, 2'i décriTibre 182L").