‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 175 sur 223 · SON MÉMOIRE AU PAPE · texte numérisé non relu

SON MÉMOIRE AU PAPE

conseil. M . Mercy d'Argenteau sonda l'intention du Pape, qu'il trouva favorable. Mais ce qui entraîna tout, fut un mémoire adressé au Souverain Pontife par M"'*' Barat. Il est écrit dans ce style à la fois plein de chaleur et do modération, d'élévation et de bon sens, dont la mère générale possédait le secret.

La supérieure présentait d'abord son Institut comme « désireux de répandre la dévotion au sacré Cœur par toute la terre, et de tout embraser du feu du diviu amour. » C'est sous de tels auspices qu'elle plaçait sa requête.

Cette requête s'autorisait des plus solides raisons , dont la principale était le besoin d'unité et d'indépendance pour sa Société. « L'obéissance aux Ordinaires est juste, disait-elle, et nous l'adoptons sans difficulté. Mais notre Institut embrassant les différents pays où notre Société peut être utile, il est indispensable que nous ayons une règle uniforme dans tous les lieux où nous serons appelées; et cette uniformité ne peut être qu'un effet de la volonté et de l'approbation de Votre Sainteté. »

Quant à l'opportunité de cette approbation , elle en donnait une preuve bien digne de remarque : c'était le progrès de la dévotion au sacré Cœur de Jésus, et l'espoir que ce culte serait le salut de la France. Ces lignes admirables jettent non-seulement sur le fondement de l'Institut, mais sur les choses de notre temps et de notre pays, une sainte clarté : « Très-Saint Père, l'avantage qu'ont les suppliantes d'être consacrées au Cœur adorable de Jésus et au très - saint Cœur de Marie est l'unique motif de leur confiance. La dévotion au Cœur de Jésus a pris naissance en France. C'est

à cette dévotion, — comme il est naturel de le croire, — (jue la France est redevable de n'avoir pas perdu la fui, et celte même dévotion, — nous l'espérons, — la fera encore sortir triomphante des crises qu'il lui reste peut-cire à supporter. Un Ordre religieux naissant en France dans ces circonstances , et consacré au Cœur de Jésus, n'entrerait-il pas aussi dans les vues miséricordieuses de la Providence; et Votre Sainteté ne serait-elle pas appelée à user de la plénitude de sa puissance pour l'établissement d'un tel Ordre'? »

Celte pièce eut tout l'effet qu'on en pouvait attendre. Le jour môme où il la lui, Léon XII nomma une commission à reffet d'exaniiner plus à fond les statuts qui lui étaient soumis. Elle était composée des cardinaux Pacca, Bertazzoli, Pedicini, et de M^' Marchetli, archevêque d'Ancyre , secrétaire de la Congrégralion des évêques et réguliers. Après six mois de retard, l'affaire entrait dans une phase d'accélération dont M""® Bigeu déclarait être redevable aux prières de ]\Iarie, aux suffrages des saints, et à l'intervention de la mère Baral.

« Je suis à la source des grâces, écrivait- elle de Rome, je suis dans la ville sainte où tout parle de r)ieu. de l'éternité, où les exemples des saints nous instruisent, où le sang des martyrs anime et fortifie notre foi *. »

On était au mois de mai 1826. « On célébrait à l{ome, raconte la même mère, le mois consacré à la Reine du ciel, avec un élan de piété et une pompe de culte où riim n'était négligé. Celle coïncidence nous

t V. au dossier ilc r;ipprobnlion , 1820. - I.cllrc de M'"« Bigcu ;i sa mère.

L'EXAMEN DES CONSTITUTIONS 48a

donna bon espoir. Nous suivions fidèlement les exercices de ce mois; nous avions aussi fait faire une neuvaine au sacré Cœur dans l'église du Gesu, et grand nombre de personnes pieuses y prenaient part avec nous. C'était sur ce secours que je m'appuyais, ainsi que sur les bénédictions méritées par les sollicitudes et les travaux de notre Révérende mère^. »

La plus grande objection formulée contre l'Institut était l'absence de clôture. L'idée primordiale que l'Église a conçue des Ordres de femmes est celle de religieuses vivant retirées dans le cloître. Toute l'économie des règles monastiques, tout le fondement de l'approbation solennelle et des vœux, repose sur cette clôture comme sur sa condition imprescriptible. Et cependant, d'autre part, une vie absolument cloîtrée était-elle compatible avec le ministère de l'apostolat et l'éducation? Les grilles ne seraient-elles pas une prison pour le zèle, un épouvantail pour les enfants? C'est ce que M""" Bigeu essaya de faire comprendre dans les visites qu'elle fit aux divers prélats, membres de la commission.

L'un des plus opposés , le cardinal Bertazzoli , se montra satisfait de ses éclaircissements. « Vous obtiendrez votre Bref d'approbation, lui dit-il, et le plus tôt possible, car le Pape aime votre œuvre : lui-même me l'a dit. » Le secrétaire de la Congrégation des évêques et réguliers, et le plus vigilant gardien de ses usages, M^'Marchetti, archevêque d'Ancyre, se rendit également accessible aux explications de M"'^ Bigeu. Après l'avoir entendue avec un assentiment plusieurs fois manifesté ,

1 Relation autographe de M'"" Bigeu.

le prélat conclut par ces paroles remarquables : « C'est visiblement l'œuvre de Dieu pour les temps où nous vivons; craignons d'y toucher. » — « Ainsi Dieu s'est fait lui-même le protecteur de celte affaire, écrivait j^jmc i3igeu; l'Esprit du Seigneur parle à tous, et tous concluent à une approbation pure et simplet »

Cependant, à Paris, M"'" Barat renouvelait ses instances auprès de Dieu, joignant déjà l'action de grâces à la supplication. Le 31 mai, elle écrivait à M""' Bigeu : « Le bon Dieu, ma chère mère, paraît bénir vos démarches, puisqu'il inspire à ces grands personnages le désir de vous être utiles. Puisse le Cœur de Jésus achever son ouvrage! Nous l'en prions chaque jour avec toute la ferveur qu'il veut bien nous inspirer, car que pouvons-nous sans son secours'-? »

Le dénoûment arriva, et toutes les circonstances se réunirent pour y marquer l'intervention divine. Ce fut le vendredi, fête du sacré Cœur, que la commission présenta ses travaux au Souverain Pontife, qui leur fit l'accueil le plus paternel. Ce fut le 22 juillet, fête de sainte Madeleine, que la supérieure générale reçut celte nouvelle « comme son bouquet de fête » , ainsi qu'elle disait elle-même. Enfin, en ce même jour, M*^d'Argenteau, — il venait d'être nommé archevêque de Tyr, — entra chez M'"" Digeu, qu'il salua par cette parole: « Gaudcamus! réjouissons-nous! le Pa])e a donné ordre de préiiarcr !e Bref! » A quoi la mère Bigeu ajoutait, en l'annonçai, t à M"" Barat : « Ma mère, notre affaire est faite : le Sacré- Cu:;ur a triomphé de tous les obstacles; et niainlenanl

• llilalioii (le M"" Jtiiicii, \>. ]'.\ el 1 i. - Taris, 31 mai lyji'i.

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