‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 176 sur 223 · L'APPROBATION EST ACCORDÉE · texte numérisé non relu

L'APPROBATION EST ACCORDÉE

nous portons le caractère de Rome, qui est le sceau de la vie^ »

Avant de partir, M""" Bigeu sollicita auprès du Pape l'honneur d'être admise à lui exprimer la reconnaissance de la Société. Le Père Rozaven a décrit celte audience dans la lettre suivante à M™° Barat : « Le 31, au matin, fête de saint Ignace, la mère assistante reçut l'annonce que le soir même le Saint-Père se rendrait à notre église du Gesu, et qu'il l'admettrait au baisement des pieds dans notre sacristie. Sa Sainteté arriva vers six heures et demie, et, après avoir fait sa prière devant le saint Sacrement et à l'autel du saint. Elle se rendit au lieu que nous avions préparé, et où noire Père général lui présenta ces dames, qui se sont aussitôt prosternées à ses pieds. M""" Bigeu lui a exprimé, comme elle a pu, car elle était très-émue, sa reconnaissance. Le Saint- Père lui a parlé avec la plus grande bonté; il lui a dit, entre autres choses, qu'il avait éprouvé beaucoup de consolation en terminant cette affaire, et qu'il, en espérait les plus heureux effets pour la gloire de Dieu. Ensuite il a donné sa bénédiction, non-seulement à celles qui étaient présentes, mais à toute votre Société, exprimant le désir de la voir s'étendre et se propagera » Après ces paroles du Pape, le Bref n'était plus qu'une formalité, et son expédition qu'une affaire de temps. Les négociateurs pouvaient donc se retirer; et le soir même, ^1""° Bigeu se mit en route pour Turin, où, le 6 août, elle était de retour.

M"'*' Barat se hâta de la rappeler à Paris par une

1 Rome, 22 juillet 1826.

2 llcm, 2 aoùl 1820.

lettre pressante, qui se terminait par ces lignes: « Adieu donc, chère mère; mais bientôt, je l'espère, ce triste adieu sera loin de nous. Nous nous reverrons, nous serons réunies. Puissions- nous rètre pour, longtemps! Mais il n'y a que le ciel qui nous réunira à jamais '. »

La cause qui lui faisait ainsi liùter le retour de son assistante était la tenue prochaine du quatrième Conseil général de la Société. Le 10 août, une lettre de convocation fut adressée à toutes les supérieures de l'Ordre. M""® Barat leur annonçait l'approbation des règles, dentelle ne parlait plus qu'avec religion, comme d'une chose sacrée. « Elles sont marquées du sceau de l'Esprit-Saint, disait-elle, et leur pratique exacte ayant déjà conduit plusieurs des nôtres à une haute perfection et à une sainte mort, il ne manquait plus à ces règles, pour y attacher notre vénération, que la sanction du Père commun des fidèles, qui les a reconnues sages, divines, etc. Que chacune de nous en fasse donc l'objet de son étude, en se disant souvent pour s'exciter à les suivre : Je suis sûre maintenant d'obéir à l'Eglise et de faire la volonté de mon Dieu-. »

Le quatrième Conseil général du Sacré-Cœur s'ouvrit à Paris le 29 septembre 1826, fêle de saint Michel, un des patrons de l'Ordre.

La promulgation des statuts délinilifs de la Sucicté fut le premier objet qui remplit les séances. Le décret do la Congrégation des évèciues et réguliers modifiait légèremcnl le uouvcrncnient de l'Ordre : M"'* Barat Udtilia d'abord ces changements.

I i'aris, U; anùl 1820.

'■i V. Kciuril lies Ullres circiil , I. I . 3* IcUre, \<. I(».

LE QUATRIÈME COiNSEIL GÉNÉRAL 489

Le premier consistait à supprimer la charge de supérieur général ecclésiastique, et à la remplacer par la nomination d'un cardinal- protecteur désigné par le Pape. Le titre en fut donné au cardinal Pedicini, personnellement dévoué à la Société du Sacré-Cœur.

En second lieu, l'absence de clôture complète étant un empêchement aux vœux solennels, il y était suppléé par un vœu de persévérance ou de stabilité, ayant le même effet, et dont nul ne pouvait relever que le Pape. « Pour le reste, expliquait M"* Barat à ses filles, notre approbation est dans le genre de celle des Jésuites. Elle est unique pour un Ordre de femmes non cloîtrées. »

Les lois constitutives de la Société étant ainsi arrêtées, le Conseil général mit son application à rendre la clôture religieuse plus stricte , selon le vœu du Saint- Siège, et autant que le permettait la fin de l'Institut. Dans cette vue, on eut soin d'interdire aux séculiers et séculières, non-seulement l'entrée de tous les lieux réguliers, mais celle des jardins, des cours de récréation et même des séances de distribution de prix. Une place séparée fut assignée au parloir ou salon des élèves, aux salles de réunion des personnes du monde, même à l'infirmerie L'emploi de commissionnaire fut retranché du service des sœurs coadjutrices , et toute espèce de sortie demeura plus que jamais interdite aux religieuses.

Sans doute, ce devait être là, à certaines heures, un rude sacrifice demandé à la nature. Il devait en coûter, par exemple, de passer comme saint François- Xavier , à quelques lieues de la demeure paternelle, sans se détourner de .>^on chemin pour y porter un adieu, qui peut-être serait le dernier de la vie. Il

devait en couler surtout de ne pouvoir se rendre au désir suprême d'une mère ou d'un père, appelant la main d'une fille pour lui fermer les yeux. Mais quelle religieuse serait digne de ce nom, si elle n'avait compris qu'il y a une manière d'aimer plus hauto, plus épurée, et surtout plus efficace ; car, comme dit Fénelon', « l'amour tendre que Dieu inspire a des bras assez longs pour embrasser malgré la distance des lieux »; et le sacrifice d'un cœur brisé, mais résigné, ofîert généreusement au pied du tabernacle, est, pour ceux que l'on pleure, un secours, un adieu et un gage de tendresse d'un prix incomparable , et qu'on ne comprendra que dans l'éternité.

Le même esprit de sacrifice porta le Conseil général à rendre plus sévères les règles de la simplicité et de la pauvreté. On supprima l'argenterie pour le réfectoire ; on réduisit la dimension et l'ameublement des cellules aux plus strictes exigences de la nécessité. Même la sépulture, la croix de fer du cimetière et l'inscription funéraire furent assujetties aux mêmes conditions d'humilité religieuse. Le costume reçut aussi une forme plus simple. C'est ainsi que le Sacré-Cœur s'enfonçait de plus en plus dans les vertus modestes, à mesure qu'il jetait plus d'éclat au dehors, comme un arbre qui plonge d'autant plus profondément ses racines dans le sol, qu'il étend plus loin ses branches et se couvre de plus beaux fruits.

M"""^ Barat vint elle - même notifier ces mesures à la communauté et au noviciat. Elle leur fit connaître, enliv autres choses, (jue les bandes de cheveux conser-

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