FONDATION A LILLE
du Bref pontifical. Reprenant donc ses travaux, il pourvut à une autre œuvre : celle des fondations.
Un établissement était demandé à Lille, et la Belgique lui promettait de nombreuses élèves. La mère Barat, suspendant les séances de l'assemblée, se rendit elle-même dans cette ville, au commencement de 1827. Elle y fut reçue chez une de ses anciennes élèves d'Amiens, de laquelle elle disait : « Nous sommes à merveille pour n'être pas au Sacré-Cœur. Impossible de dire ce que Caroline fait pour nous^ » Celle qu'elle appelait de ce nom, et qui l'entourait, à Lille, d'une affection si filiale, était Caroline de Beaufort, devenue aujourd'hui comtesse de la Granville , avec laquelle elle n'avait cessé d'entretenir une correspondance qui nous fera voir, plus tard, l'apostolat de M™® Barat sous une de ses plus belles faces. Grâce à celte grande chrétienne, la fondation de Lille ne trouva pas d'obstacle. Son mari fut le premier à souscrire pour onze mille francs en tète des bienfaiteurs de l'établissement. Déjà même, par les soins de M™® de la Granville, on était assuré de vingt-cinq pensionnaires. M"'® Bigeu fut laissée pour commencer celte œuvre, et le 7 février, la supérieure rentrait au milieu de ses sœurs.
Une autre mère du Conseil devait être bientôt appelée à aller fonder un pareil établissement, mais à l'extrémité opposée de la France.
Dans la ville de Lyon, entre le Rhône et la Saône, non loin de la place Bellecour, dans un quartier dominé par les hauteurs de Fourvières, on remarquait, dans ce tempslà, un hôtel d'une sévérité et d'une simplicité antiques.
i Lille, 24 janvier 1827.
Celle maison de saintelé el de silence élait celle de M"'" la comtesse de la Barmondière, femme plus que sepluagcnaire, qui, aux jours de la Terreur, avail donne un généreux asile à des prêtres fidèles. Privée fort jeune de sa mère, condamnée à voir son père monter sur réchafaud, restée finalement seule de quatre frères et sœurs dont elle avait recueilli l'héritage. M""" de la Barmondière n'avait usé de ses grands biens que pour se faire la Providence des pauvres, des églises et des couvents spoliés par la Pvévolution. La restauration du séminaire de Saint- Irénée, la fondation de deux hospices d'incurables, la création de l'asile des repenties de Saint-Michel, le rétablissement des monastères du Carmel et de la Visitation, plusieurs institutions pour les orphelines , l'établissement des Pères de la doctrine chrétienne, n'avaient pu épuiser une générosité servie par une fortune dont un ordre sévère ménageait les ressources. Un jour, un prêtre de Lyon fut inspiré de lui révéler un autre genre d'infortune : celle d'un grand nombre de familles nobles qui, ruinées par la Pvévolution, n'avaient plus le moyen de procurer à leurs filles une éducation digne de leur naissance : « Vous qui avez tant fait pour toutes les classes de la société, ne promrerez-vous pas ce bienfait à la vôtre ? » lui dit ce digne prêtre. M""" de la Barmondière demanda à y penser devant Dieu. Elle se retira secrètement dans la pièce où l'on avait jadis célébré les saints mystères; et là, agenouillée devant le coffre qui, à cette époque, avait servi d'autel, elle pria longuement. Quand elle sortit de là, elle avait dressé son plan : elle fonderait el doterait un pensionnat expressément destiné aux jeunes lilles de la noblesse. Elle l'établirait dans un secoiul hôtel ({u'elle