FONDATION A LYON
avait près du premier, sur la rue Boissac. Elle y appellerait l'Ordre du Sacré-Cœur; elle y verrait croître, presque sous ses yeux, la jeunesse élevée par ses libéralités, et ce serait pour ses cheveux blancs une couronne, une joie, une bénédiction. Le plan fut approuvé par M^ de Pins. M'"*' Barat consentit à l'établissement, et elle s'engagea ijiême à y mettre comme supérieure la plus digne religieuse qu'elle eût dans la Société : elle y destina la sainte mère Geoffioy.
Pendant ce temps, celle-ci se délectait à Paris « du bonheur, comme elle disait, de n'être rien que religieuse! » Quand la mère Emilie, qui la remplaçait à Niort, s'accusait, par lettre, « de n'être pas bonne en chef : » — « Eh ! bien, lui répondait-elle, j'ai les mêmes prétentions. Je crains de tout gâter, et si j'étais à la place de mes supérieures, je donnerais les invalides à cette pauvre mère Geoffroy. » Elle avouait cependant qu'elle n'était pas sans crainte, et que depuis longtemps elle était tourmentée du pressentiment que ce Conseil général ne s'achèverait pas sans lui découvrir une lourde croix. Une nuit elle avait rêvé qu'elle montait sur un navire où elle espérait qu'Emilie s'embarquerait avec elle : « Le vaisseau part, point d'Emilie! racontait- elle à celle-ci. Quand j'eus la certitude que vous n'y étiez pas, la souffrance que j'éprouvai fut si forte qu'elle m'éveillai »
Ce présage ne tarda pas à se changer en certitude : M™° Barat n'attendait que la fin de l'assemblée pour donner son obédience à la mère Geoffroy. D'autre part, le Conseil voyait le Sacré-Cœur pour-
1 V. Rec. des letlres de M™« Geoffroij. Lyon, sept. 1827.
suivre en Amérique, parmi des soufîrancea inouïes, ses laborieuses conquêtes. Un des vœux persévérants de j^jmo j3Qrat avait été la fondation d'une maison de sa Société dans la Basse-Louisiane. « Je souhaiterais, écrivait-elle à M"'*^ Duchesne, que vous vous établissiez dans un des faubourgs de la Nouvelle- Orléans. » Ce vœu fut accompli. En 1825, le Sacré-Cœur fut appelé, non loin de cette ville, dans la paroisse de Saint-Michel. H prit une grande maison, bâtie sur le coteau qui domine le Mississipi, à cent pas de ce fleuve. Bientôt M"" Aude, qui en était supérieure, y attira des pensionnaires distinguées et nombreuses. « Ce sera l'hôtel Biron de l'Amérique, » écrivait-elle à la mère générale.
M""' Barat et son Conseil avaient réglé que dorénavant les sœurs d'Amérique ne s'établiraient plus qu'au sein ou dans le voisinage des villes épiscopales. Au commencement de 1827, un riche et charitable catholique de Saint-Loui'S , M. Mullamphy, proposa à M"'" Duchesne de lui donner une maison destinée à l'éducation des orphelines pauvres. « Elevée, solitaire, dans un air sain , dominant le Mississipi et découvrant la ville qu'elle laisse de côté, cette maison me rappelle bainte-Maried'en-Haut, » écrivait M'"° Duchesne à la mère Barat '. Celle-ci lui ordonna d'aller elle-même l'établir et la gouverner. L'humble M"'" Duchesne aui ail préféré être au.x derniers emplois, elle le demandait sans cesse ; mais sans cesse aussi la mère générale l'animait au sacrifice: et quelles généreuses raisons elle lui en donnait! par quelles fortes images elle les exprimait ! « Vous savez, ma chère lille, que parmi nous, les premières doivent
• Flcurissanl, 1" mars 1hJ7.