L'AUTORISATION DE L'ÉTAT
sans retard. Une ordonnance royale du 22 avril 1827 reconnut et sanctionna l'existence légale de la Société.
Les 6 et 7 avril, les élections des assistantes, conseillères, économe, secrétaire générale, ayant été faites, le quatrième Conseil déclara ses séances closes*. Il avait consolidé l'édifice du Sacré-Cœur en lui donnant pour appui la pierre fondamentale de l'Église elle-même. Il en avait ensuite renfermé l'enceinte dans une clôture salutaire, affermi les bases par des vertus profondes, et élevé l'ouvrage entier d'un étage de plus.
Le 16, lundi de Pâques, toutes les mères, assistantes et conseillères, prononcèrent le vœu de stabilité. Le Père Varin félicita ses filles d'être désormais enchaînées à Jésus-Christ jusqu'à leur dernier soupir. Elles allaient donc être à Dieu et Dieu allait être à elles « jusqu'à ce que, selon l'expression du Cantique, les ombres de la vie se dissipent et qu'apparaisse l'aurore du jour éternel» ^ Grâce à cet engagement, ce qui n'avait été qu'une résolution devenait une profession; ce qui n'était qu'une vertu devenait un état. Ce vœu les ennoblissait et les agrandissait, puisqu'il les rapprochait de l'Etre éternellement et nécessairement immuable dans sa perfection. Ce vœu les affranchissait, puisqu'il les délivrait de la captivité des choses périssables; enfin ce vœu les mettait d'avance, pour ainsi dire, en posses-
1 Nous voyons aussi que l'on se préoccupa dans ce Conseil de réunir les documents pour l'histoire de la société. Plusieurs mères, parmi les plus anciennes, furent désignées pour ce travail, entre autres M™" Deshayes, Duchesne, Maillucheau et Geoffroy, qui nous ont, en efîet, laissé des notes précieuses. [Procès verbaux et arrêtés des séances du H octobre et suiv., p. 91.)
2 DilecLus meus mihi, et ego illi, qui pascilur iuler lilia, donec aspiret dies et inclinentur umbrœ. [Cant., cap. ii, 16, 17.)
sion du ciel, puisqu'il leur communiquait, en quelque sorte, le privilège que possèdent les élus d'être' saints et heureux sans qu'il leur soit possible de cesser de l'être: « Heureuse stabilité, disait donc le Père Varin en finissant son discours ; stabilité d'abord dans la société du Cœur sacré de Jésus, stabilité ensuite dans la fidélité perpétuelle à Jésus, stabilité enfin dans la pleine et éternelle possession de Jésus ! Enlacez-vous, mes sœurs, dans cette chaîne qui étreint en un seul serment tous vos autres serments. Bénissez et aimez cette chaîne, qui ne vous lie qu'afin de vous délivrer de vos désirs changeants, et vous protéger contre vos propres inconstances. Mais surtout attachez-vous à cette chaîne que l'Église a consacrée, que Jésus tient dans sa main, et par laquelle votre Époux vous attirera à Lui pour l'éternité ^ »
Le 17, M""" Geoffroy reçut son obédience pour la fondation de la rue Boissac, à Lyon. Le jour même elle en informa sa compagne de vingt années, dans une lettre admirable, de laquelle il faut au moins détacher ce passage : « Ma chère Emilie, voici que Notre-Seigneur nous présente son calice : aurions-nous la lâcheté de le refuser? Il l'a bu jusqu'à la lie pour nous : courage donc!... Il a été décidé , il y a une heure, que je partirais demain à sept heures pour Lyon. Adorons les desseins du Cœur de Jésus. J'ai beaucoup souffert de notre séparation. Je m'étais préparée à quelques jouissances près de vous. Le bon Maître ne l'a pas agréé. Je lui en fais le sacrifice. Soutenons-nous l'une l'autre pour n'en pas perdre le fruit*. »
i Inslruclion ilu P. Vurin. V. ati cahier de Conflms, p. 589. 2 Paris, 17 avriM827.