‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 182 sur 223 · MADAME GEOFFROY A LYON SOI · texte numérisé non relu

MADAME GEOFFROY A LYON SOI

Au moment d'arracher cette vénérable supérieure, âgée de plus de soixante-six ans, à la maison qu'elle avait fondée et gouvernée si longtemps, la mère générale sembla hésiter : « Ah ! c'est bien contre mon cœur que je vous laisse partir! lui dit-elle en l'embrassant. — Ma mère, répondit fermement M""^ Geoffroy, vous ne faites qu'accomplir la volonté de Dieu. » Elle partit. Bientôt à Lyon prêtres et fidèles la vénérèrent et la consultèrent comme une sainte. « Je n'ai jamais tant aimé aucune créature, » disait en parlant d'elle M"'° la comtesse de la Barmondière.

Or, pendant qu'à Paris le Conseil général mettait le couronnement à l'œuvre du Sacré-Cœur, il y avait en piovince un vénérable prêtre qui avait salué de loin toutes ces choses, et qid semblait n'attendre que leur accomplissement pour fermer les yeux. M. l'abbé de Lamarche, aumônier de Beauvais, avait alors soixantequatorze ans. Sa sainteté consommée, les dons surnaturels qu'on lui attribuait, la paix céleste que cet aimable vieillard portait dans toute sa personne, lui avaient attiré une très-nombreuse famille spirituelle parmi le clergé et les fidèles. Il ne cessait de l'avoir présente devant Dieu. Ainsi, chaque soir, on le voyait ouvrir la fenêtre de sa petite chambre, et là, étendant la main vers divers points de la ville, il envoyait de loin sa bénédiction aux âmes dont il était le père.

M"'^ Desmarquest sortait à peine du Conseil, lorsqu'elle reçut la nouvelle que M. de Lamarche venait d'être frappé d'une attaque d'apoplexie. Elle n'avait pas cessé de l'avoir pour guide; et elle ne manquait pas, chaque année, d'aller faire sa retraite auprès de lui. Elle se rendit à Beauvais immédiatement. Le mourant la re-

connut, la bénit, bénit aussi le noviciat qu'elle dirigeait, et même, un moment, retrouva la parole pour lui donner des avis pleins de la lumière du ciel. Ensuite il rendit l'âme : c'était le 22 mai 1827. M""" Desmarquest demeura convaincue qu'il avait obtenu de ne pas expirer avant de lui avoir fait son dernier adieu.

Cependant celle des mères qui, après M""* Barat, avait le plus travaillé à procurer l'approbation de la Société, la mère Bigeu, elle aussi, touchait à sa récompense. « C'était, comme témoignait M*^ de Beauregard qui l'avait connue à Poitiers, une âme droitement à Dieu, à qui sa belle innocence donnait une grande facilité de s'unir à Lui, se nourrissant de peu de pensées et de sentiments paisibles, une des plus simples et des plus remarquables qu'on puisse voir ^ » Mais depuis plus de cinq ans elle ne faisait plus que « traîner sa pauvre existence » , ainsi qu'elle disait , adorant silencieusement la volonté divine. « Si parfois, écrivait-elle, elle nous paraît terrible , c'est que nous ne considérons que ses effets du moment. Les maux de cette vie sont le prix des joies de l'éternité. Espérons, adorons, mais ne nous plaignons pas ! » Dans ces beaux sentiments, tantôt son regard se tournait vers le Cœur compatissant de Jésus, et elle lui demandait les énergies de l'amour pour suppléer aux défaillances de sa santé, a Ce ne sont pas les forces du corps qui font les forces de l'âme, écrivait-elle; la malade dans son lit peut aimer ardemment, fortement, tendrement. C'est cet amour que je désire. » Tantôt elle se retournait vers le ciel, et elle disait : « Voici que s'ouvre l'éternité ; nous

1 LeUrc à M"" Uaral sur la morl de M™* Bigcd.

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