LE NOVICIAT DE PARIS — MADAME BARAT ET LES NOVICES
Les premières novices de l'hôlel Biron : M"'«' Louise Dorivai, Thérèse de Wall, Sophie et Cécile de Morand, Néline Bruhier de Warvilliers, Cécile Truelle, Armande de Causans, Nathalie Rostopchin, Anna Murphy. — La seconde génération des novices : M'"" Louise de Varax, Aimée d'Avenas, Joséphine Zaniler, Mathjlde d'Erlach, Elisabeth Galitzin. — L'esprit du noviciat. — M""' Barat parmi les novices, son alTabilité, ses récréations, ses instructions. — Elle inspire l'amour du sacrifice et le zèle des âmes. — Elle se fait seconder par la mère Dcsmarquest. — Vertus de celle digne mère. — Les prédications des PP. V'arin, Sellier, Mac-Carlhy, Druilhet. — M.Trébuquct, directeur du noviciat. — Le Saint-Esprit y est le grand maître des âmes.
Depuis le commencement de Tannée 1821, environ vingt novices étaient installées dans les anciens communs de riiùlel Biron. C'est là que M"*" Barat avait choisi sa demeure au milieu de ses filles, laissant le pensionnat à M'"*' Eugénie de Gramont. « Nous avons beaucoup à faire chacune de notre côté, écrivait- elle alors, elle dans son hùtel, et sa more au.x écuries'. »
1 A la lin lu Thérèse, U févriiT liS'il.
En effet, par suite du départ de M""" Deshayes pour Amiens, « le noviciat, comme elle disait, lui était retombé. » Elle en garda la conduite tant qu'il lui fut possible; et nous ne comprendrions pas M""^ Barat tout entière, nous ne connaîtrions pas sa vie intime et do- ' mestique, si nous ne la considérions dans cette œuvre si chère du noviciat de Paris.
L'ensemble du noviciat avait dès lors l'aspect qu'il a toujours gardé : celui d'une grande famille, composée de sœurs de toute nature et de toute contrée. Quelle que fût leur origine , toutes ne faisaient plus qu'un dans le Sacré-Cœur : mais que de voies différentes les y avaient amenées! et quelle riche variété dans ces vocations !
Il y en avait d'abord qui , avant leur entrée, avaient déjà fait un premier apprentissage de la vie religieuse. Telle était Louise Dorival. « Orpheline dès le bas âge , raconte sa notice, laissée aux soins de Celui qui nourrit les oiseaux du ciel et fait croître la fleur des déserts, » elle avait puisé dans le pensionnat, puis dans la communauté des dames de Saint- Maur, un amour de Jésus- Christ qui l'avait poussé ensuite au Carmel de Saint- Denis. Mais, si altérée qu'elle fût de la vie d'union à Dieu, elle ne l'était pas moins de la vie d'apostolat. Elle crut que le Sacré-Cœur lui donnerait l'un et l'autre, et elle demanda les missions d'Amérique, pour lesquelles, en effet, elle partit peu de temps après.
Fille du Carmel comme elle , et non moins grande zélatrice des âmes, Thérèse de Wall, rejeton d'une famille irlandaise, établie en France à la suite du roi Jacques, était 'un cœur tout de feu. Lorsque, sortant d'auprès du très-saint Sacrement, elle parlait des choses
divines, on eût dit que ses lèvres venaient d'être touchées par le charbon ardent. Les dames Enfants de Marie, dont elle eut le soin plus tard dans la maison du Mans, déclaraient que ses exhortations étaient irrésistibles.
D'autres, au contraire, avaient été arrachées toutes vives au siècle et transportées au noviciat par un coup soudain de la grâce. On racontait surtout les miséricordes de Dieu sur les deux soeurs Cécile et Sophie de Morand, toutes deux jeunes, charmantes, ingénues, remarquées pour leur beauté, mais sans père, sans fortune, sans religion non plus. Un jour, une prise d'habit, à laquelle la Providence les avait amenées par hasard, leur avait révélé, comme dans un éclair, la beauté de Jésus-Christ, et elles avaient résolu aussitôt de le prendre pour leur unique Epoux. IM^"" Frayssinous leur ouvrit le Sacré-Cœur. Le siècle reprit l'une d'elles, l'autre persévéra dans la fidélilé à cette alliance divine.
Que de sacrifices coûtaient souvent ces vocations! que de blessures saignantes M""* Barat avait à cicatriser! Un jour, un père de famille de Ribeauvillé, en Alsace, amenait au noviciat une enfant toute petite, et à peine âgée de seize ans, nommée Béatrix Schneider. « Madame, dit le père à la supérieure, c'est le second sacrifice que je fais à Notre-Seigneur dans cette journée; je viens de conduire mon fils Bruno au noviciat des Jésuites, et je vous amène Béatrix, ma fille. « Béatrix soufTiit beaucoup dans les commencements; elle redemandait son père, elle api)elait sa mère, elle fondait en larmes. La grâce d'en haut survint sur ce fond dV'xlrciuc sensibilité; l'enfant devint une femme forte, et nous verrons