‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 188 sur 223 · MADAME MATHILDE D'ERLACH · texte numérisé non relu

MADAME MATHILDE D'ERLACH

sauvée que par un sentiment qui ne la quitta jamais : l'amour des malheureux. Elle les visitait dans leurs réduits, elle les nourrissait de sa bourse, elle les soignait de ses mains. Elle en vint à rêver une vie idéale dont le bonheur consisterait à vivre à la campagne et à se priver de tout, afin de donner largement. Or, lorsque la charité est entrée dans un cœur, la vérité n'est pas loin. Mathilde vint à Paris en 1825, où elle passa l'hiver dans de brillantes soirées. C'est là que la grâce la surprit. En vain témoignait- elle une vive horreur du catholicisme, surtout de la vie religieuse; en vain l'entoura-t-on de ministres protestants pour la retenir sous le joug; déjà le livre de l'Imitation de Jésus-Christ la charmait, la confession l'attirait, la dévotion à Marie attendrissait son cœur. Un jour, tombant à genoux, elle dit à Notre- Seigneur « qu'elle s'en remettait à Lui, et qu'elle était prête à tout pour suivre la lumière dès qu'elle lui serait montrée. » Jésus-Christ lui répondit par la double grâce de la conversion et de la vocation. Dirigée par les Pères Desplace et Ronsin, elle entra au Sacré-Cœur en 1826, à l'insu de sa famille, qui ne put réussir à l'en arracher. « Il me semblait que j'entrais au ciel, racontait -elle plus tard à M""® Barat, et je sentais très-bien que je n'en sortirais jamais. Ce qu'on m'avait dit de vous, ma mère, m'avait inspiré le désir de vous voir, et sans vous connaître encore, je vous aimais déjà dans le fond de mon cœur^ »

Quelques jours après l'entrée de M"® d'Erlach , ^jmc papat annonçait une autre novice à la mère Duchesne : « Nos dames vous parleront d'une princesse

1 Récit de sa conversion par elle-même. ^u<or/r.

russe qui vient de prendre l'habit; elle a une vraie vocation. Il nous en faudrait beaucoup de celle trempe, et elles sont rares '. » Celle qu'elle annonçait n'était encore inscrite sur les rôles du noviciat que sous le nom d'Elisabeth , pour dérober au monde le secret de son changement. On la connut bientôt sous celui de Galitzin, un des plus en honneur à la cour des czars. Son retour à la foi et son entrée au Sacré-Cœur étaient l'œuvre, après Dieu, du Père Rozaven. Il y avait plus de deux ans qu'à travers une distance de huit cenls lieues, la mère générale travaillait à la formation de cette fille spirituelle par des lettres adressées à Saint- Pétersbourg. Ces lettres sont si belles, celle conversion si merveilleusement marquée du sceau de Dieu, et cette existence désormais tellemenl unie à celle de M""® Barat, qu'elle nous semble réclamer une page dans son histoire.

Les commencements d'Elisabeth n'avaient pas été heureux. Privée de son père dès le bas âge, traitée rudement par une mère qui pourtant l'aimait beaucoup , frappée continuellement et quelquefois même meurtrie par ses précepteurs, l'héritière des princes de Lilhuanie a raconté elle-même que celle éducation à la tarlare l'avait rendue défiante, irascible, opiniâtre. Elle avait élé élevée dans le schisme moscovite. Sa mère était catholique : elle l'ignora longtemps. Ce fut seulement à seize ans qu'elle apprit de sa mère même ce terrible secret. Elle en fut accablée, cl dès lors elle jura une haine irréconciliable à TÉglise romaine, et surtout aux Jésuites, qui avaient une résidence à Saint-Pétersbourg^

> l'aris, G juin 1820.

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