‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 189 sur 223 · MADAME ELISABETH GALITZIN S · texte numérisé non relu

MADAME ELISABETH GALITZIN S

Ce serment, elle l'écrivit dans un moment de rage, et pendant quatre ans de suite il n'y eut pas de jour oii elle ne le renouvelât matin et soir devant Dieu. Elisabeth était cependant une jeune fille candide , aussi bonne qu'instruite, à la fois ardente et douce. Même au sein de cette aveugle fureur, comme elle-même la nomme, le cœur était resté haut, la conscience délicate, l'esprit porté vers les choses nobles, le caractère généreux et fort. Elle aimait le théâtre, mais elle s'en privait par vertu. Elle ressentit à dix-huit ans une vive passion, mais elle en ensevelit le secret dans ses larmes, sans qu'un mot ou un regard trahît son martyre : ce cœur pur était de ceux à qui Dieu a promis de se faire voir.

Un jour qu'elle avait dû se rendre dans une église catholique pour le service funèbre d'un vénérable prêtre, son maître d'italien, à peine y fut-elle entrée, qu'elle entendit une voix intérieure lui dire : « Tu hais la religion catholique; eh bien, tu en seras ! » puis elle fondit en larmes, sans qu'elle pût ni les tarir ni les expliquer. C'étaient les larmes d'Augustin à Milan, dans le jardin. Depuis ce jour, Elisabeth ne fit plus que se débattre sous l'étreinte de la main de la miséricorde. Un séjour qu'elle fit à une maison de campagne, près de Saint-Pétersbourg, lui fournit le moyen de pratiquer de grandes pénitences, jeûnant, priant, se levant dans la nuit froide, couchant sur la terre nue ; attirée vers la piété, mais combattue par la nature et demandant grâce pour sa jeunesse ; enfin catholique en tout, sauf par l'erreur de son esprit, invinciblement retranché dans son préjugé et son entêtement. L'exemple d'une de ses parentes, dont, à son retour en ville, elle apprit la conversion, ne fit d'abord que l'irriter; elle protesta,

puis pleura, laissant voir la blessure que venait de rouvrir ce nouveau coup. Mais quand, ce soir-là, elle se mit à genoux pour prier, son serment de haine au catholicisme expira sur ses lèvres pour la première fois. La nuit fut consacrée à de profondes réflexions sur TÉglise romaine; la vérité de notre foi en ressortit pour elle dans une lumière si évidente, que toutes les lectures qu'elle put faire ensuite n'y ajoutèrent rien. C'en était fait : le lendemain elle vint se jeter dans les bras de sa mère, lui demandante voir immédiatement le Père Rozaven pour se confesser et se faire catholique, dût-il lui en coûter la perte de ses biens, de sa patrie, de son avenir. « Nous pleurions toutes deux à faire fendre les pierres, » raconle-t-elle. Huit jours après, Elisabeth recevait la communion de la main de ce saint religieux, qui, au bout dedeux mois et demi, était, lui et ses Pères, chassé de Saint-Pétersbourg, pendant la nuit glaciale du 21 décembre 1815'.

De telles âmes ne s'arrêtent guère sur le chemin de la perfection. Un projet de mariage avec un jeune Français de piété et d'esprit ne put balancer dans le cœur d'Elisabeth un autre dessein que Dieu y faisait grandir de jour en jour : celui d'être religieuse. Elle l'était déjà de cœur, menant secrètement la vie du cloître dans le monde, n'allant aux fêtes de la cour que sous l'armure du cilice, consacrant aux pauvres ses biens, sa personne, son temps. Bientôt elle pria son fidèle directeur, le Père Rozaven, qui s'était rendu à Rome, de lui choisir l'Ordre où elle devait entrer. « Je crus, écrivait-elle, que ce qui plairait le i)lus à Notrc-Scigneur, ce serait

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