‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 190 sur 223 · MADAME ELISABETH GALITZIN · texte numérisé non relu

MADAME ELISABETH GALITZIN

d'entrer dans un Ordre par obéissance. Tout ce que je demandai, c'est que l'Institut fût austère, et qu'il s'occupât de l'éducation. — « Si, de plus, dis-je au Père, vous pouviez découvrir un Ordre semblable au vôtre , j'en serais bien heureuse. » Ce ne fut cependant qu'au bout de huit années d'épreuves, en mars 1825, que le Père Rozaven lui désigna le Sacré-Cœur, et la mit en relation avec la mère Barat.

A partir de ce moment, celle-ci eut avec elle une correspondance destinée, comme elle disait, « à la faire avancer dans les vertus religieuses, afin qu'elle arrivât au noviciat la plus humble , la plus obéissante , la plus unie à Dieu. » Elle n'eut d'ailleurs que 'la peine de modérer son ardeur pour les saints exercices, les œuvres de charité, et surtout les actes de mortification. « Consolez-vous, ma fille, lui écrivait- elle en 1826, du soin que vous prenez à présent de votre corps; plus tard, vous aurez l'occasion de le sacrifier pour le salut des âmes... N'ajoutez donc aucune pénitence corporelle à la fatigue du voyage. Il faut que vous nous arriviez en bon état, pareille à ces victimes de l'antiquité que l'on soignait bien, afin qu'elles fussent plus propres au sacrifice ^ »

Celui de M""® Galitzin allait se consommer. Elle avait trente ans passés : c'était l'âge exigé par sa mère pour son entrée en religion. On lui refusait une dot, mais ce n'était pas un obstacle pour M""® Barat. « Je serais charmée au contraire, lui écrivait-elle, de vous recevoir seulement avec ce que vous avez sur le corps, comme autrefois saint François de Borgia reçut le petit SLa-

1 G février el 21 juillet 1826.

nislas Kostka. Ce ne sera jamais Targent qui déterminera le clioix et l'admission des sujets : une bonne vocation, un bon esprit, quelques talents, voilà la dot que nous exigeons... Si vous nous apportez un esprit bien dépouillé de tout souvenir du monde, un cœur bien dégagé, vous serez riche, ma chère fille, et avec quel empressement nous vous recevrons^ ! »

M"*^ Galitzin entra en effet dans la Société « comme un saint Jean-Baptiste », disait gaiement M""" Barat. Sa mère, bien qu'à contre-cœur, la conduisit elle-même à la maison de Metz, où la postulante prit l'habit, en décembre 1826. Mais la mère générale, « tremblant, comme elle disait, qu'on ne lui en passât trop dans la communauté de Metz, » l'appela à Paris en 1827 : « On vous y prépare une cellule aussi petite que celle de saint Pierre d'Alcantara, aussi pauvre que celle du prophète Elisée chez la Sunamite, lui expliquait-elle ; mais vous venez chez nous pour faire pénitence. Je ne veux pas tromper votre attente, ou plutôt l'attente de Jésus, qui veut que vous lui donniez tout ! »

La novice ne s'épargna pas. Gaie, simple, pleine d'entrain pendant les récréations, elle était partout la plus obéissante. Elle disait à ses compagnes : « J'ai toujourrî le cœur, comme les mains, à la glace; mais j'ai confiance, car je veux pouvoir dire en arrivant à la porte du ciel : « Ouvrez-moi, j'ai obéi-! »

Telles sont, entre beaucoup d'autres, quelques-unes des novices (pii se succédèrent à Paris durant la période de 1820 à 1^27. Plus la maison était i)auvre, plus Dieu semblait s'applicpier à l'orner de belles âmes; et l'on est

1 l'nri», Cl juin .1 18 nov. ls2G.

- Souvenirs de Ut sœur l'irginie lioux, \\ 7î.

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