‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 191 sur 223 · L'ESPRIT DU NOVICIAT · texte numérisé non relu

L'ESPRIT DU NOVICIAT

tenté de s'écrier, comme Bossuet, en un sujet semblable : « Aimable plante, olivier fécond et fructifiant, arbre chéri de Celui qui l'a planté dans sa maison, qu'il regarde continuellement avec des yeux de complaisance, qu'il enracine par l'humilité, qu'il rend fertile par ses regards favorables, comme un soleil bienfaisant, dont il prend les fleurs et les fruits pour en faire une couronne à sa tête : croissez à l'ombre de sa bonté, et ouvrez-vous à ses bénignes influences ' ! »

Ainsi croissait le noviciat du Sacré-Cœur à Paris, sous les yeux et l'action de M""^ Barat.

Une paix, un ordre parfait, un parfum de douceur, un air de sérénité qui tenait principalement à l'union des sœurs entre elles et avec Jésus- Christ, voilà ce qui saisissait et ce qui enveloppait l'âme dès que l'on pénétrait dans ce cénacle. « Cela me paraît miraculeux , écrivait Anna Murphy, dans son naïf émerveillement. N'importe de quelle maison viennent les unes et les autres, elles paraissent avoir toutes les mêmes coutumes, les mêmes idées; enfin elles n'ont toutes qu'un cœur et qu'une âme. » Et quelques lignes après : « J'attribue cette unanimité à leur attachement dévoué à la supérieure générale, qui, de toute la communauté, est une des plus humbles et des moins intimidantes. Elle est vive, gaie, intelligente. Elle n'a encore que quarante ans : la plus jeune des novices lui parle aussi facilement qu'à une de •ses sœurs. Elle est toujours au milieu de nous, au réfectoire et partout- ! »

i Bossuet, lettre 227e, à la mère Cornuau, 4 juin 1693.

2 Paris, novembre 1820. Il y a, deux lettres de M™« Anna Murphy, écrites en anglais à ses maîtresses de Black-Rock. La copie en a été prise dans ce couvent par M""-' Élisa Croft.

Souvent, pendant l'été, aux récréations, la supérieure groupait ses filles autour d'elle, sous les arbres, ou sur un petit tertre des jardins de Thôtel Biron. Son entretien était l'image de son âme, simple, vif, spontané, spirituel, plein de grâce, de mesure et de goût, avec une finesse dont la pointe ne servait qu'à piquer l'attention, sans jamais blesser personne. Elle savait s'intéresser et toucher avec justesse aux choses de la terre, mais sans y enchaîner la conversation. Tout de suite, par un mouvement si naturel et si prompt qu'on ne l'apercevait pas, elle remontait à Dieu, comme au lieu de son âme, et elle y entraînait les autres avec elle , car on n'y trouvait pas moins de charme que de profit.

Il n'y avait rien de plus gai que les récréations de j\|me i^gpat : elle y mettait tout le monde dans une aimable joie. Elle avouait ne pas aimer les religieuses guindées, ou que la crainte de mal dire tenait renfermées, moroses, taciturnes. « La première règle de la maison est de n'ennuyer personne, » avait-elle coutume de répéter. Elle citait volontiers l'exemple de sainte Thérèse, qui, visitant un jour une de ses maisons où ses filles avaient cru bien faire en s'interdisant de ne jamais rien dire qui laissât voir de l'esprit, s'écria effrayée : « Mon Dieu! que deviendrions- nous si un pareil principe venait à prévaloir dans nos petits monastères? Ce serait la grâce aimable de Jésus-Christ qui s'y tarirait immédiatement. C'est déjà bien assez d'être sottes par nature, que sera-ce si nous voulons encore l'être par grâce ! »

Quand clic avait ainsi mis tous les cœurs à l'aise, M"'" Darat Icui- adressait de plus hautes instructions. On a conservé le souvenir des conféronrcs qu'elle faisait

Page 1