‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 192 sur 223 · SES CONFÉRENCES AU NOVICIAT · texte numérisé non relu

SES CONFÉRENCES AU NOVICIAT

dès lors à toute la communauté. Dans une salle donnant sur le boulevard des Invalides, et au pied d'un autel dressé entre deux fenêtres, M™^ Barat avait sa- place sur une simple chaise de paille; devant elle se mettaient les novices, puis les religieuses de chœur, et au troisième rang, les sœurs coadjutrices. Le Veni, sancte Spiritus, qu'elle récitait d'un accent pénétré , semblait ouvrir le ciel au-dessus de ce sanctuaire. Elle parlait d'abord lentement, annonçant le sujet de son instruction. Puis bientôt, et dès que le nom de Notre- Seigneur Jésus- Christ s'était placé sur ses lèvres, « la'parole débordait avec une véhémence qui nous entraînait, » raconte une de ses filles. C'était une parole pétrie, pour ainsi dire, de la plus pure substance des Ecritures. D'après le conseil du grave M. Montaigne, elle avait renoncé, depuis quelques années, à commenter le livre du Cantique des cantiques, si plein de sens profonds, mais aussi plein de périls. L'Evangile, saint Paul, saint Jean, lui fournissaient le texte à des leçons solides, nourries de doctrine, ornées de comparaisons qui en rendaient la vérité saisissante et toujours nouvelle.

Sous cette forme entraînante , c'étaient les plus fortes vertus, l'abnégation d'abord, puis l'amour et le zèle, qui faisaient l.e fond de l'enseignement de M""^ Barat, « La mortification que la règle demande, écrivait Anna Murphy, est le don, l'abdication entière de notre volonté entre les mains de Dieu. » A quoi elle ajoutait ces lignes d'une modestie et d'une candeur parfaites : « Je crois que les F'rançaises se plient facilement aux pratiques de mortification, car, au lieu de craindre les humiliations, elles semblent en être avides. Elles ont une certaine force de caractère et une confiance qui les

portent à tout entreprendre. La défiance de soi-même et la timidité ne sont pas des plantes de ce climat. Vous pouvez vous figurer le rôle que voire pauvre fille Irlandaise y joue ! Je suis la dernière et la moindre de la maison. Je ne suis utile qu'à ce Dieu qui se plaît à se servir de la faiblesse pour faire éclater sa puissance. »

La générosité de ces novices ne reculait, en effet, devant rien : elles étaient prêles à tout pour le salut des âmes. « Mes filles, leur disait un jour M"'® Barat, la Société a besoin de produire des saints. Si vous pouviez savoir tout ce que Dieu demande de nous ! Et les âmes! tant d'àmes que nous sommes appelées à sauver, et qui sont là! Des villes entières qui nous attendent, auxquelles il faut répondre... Ah! on ne pense pas assez aux âmes qui se perdent ' ! »

A ces exhortations répondaient des beaux dévouements. Un jour, à la suite d'une retraite mémorable, prêchée par le Père Mac-Garthy, le Père Varin ayant dit que son espoir était que personne ne reculerait devant le sacrifice, en quelque lieu du monde que l'appelât l'obéissance, une des plus anciennes de la Société, ^1""° Adèle Bardot, cette digne compatriote de jyjmo i3arat, se penchant vers le Père, lui demanda à voix basse : « Est-ce que vous me permettrez , mon Père, d'aller en Louisiane? » Le Père répéta sa demande à haute voix; sur quoi, se voyant trahie, la mère Bardot se jeta aux pieds de M""' Barat, (jui lui promit « (ju'elle serait d'un des prochains voyages. » Entendant cela, Anna Murphy se mit aussi à genoux, et avec

• Itecueil des conférences, \lj sept. 1827,

Page 1