LA GÉNÉROSITÉ DU NOVICIAT
un accent plus intelligible que les mots, supplia la supérieure de ne plus ajourner son embarquement. « Je vous l'ai promis, ma fille, et je vous le promets encore, vous partirez dès que cela pourra se faire, » dit M""" Barat. « Hélas! ajoute ici l'auteur du journal, en parlant d'elle-même , que Louise Dorival s'estimerait heureuse d'être un jour, elle aussi, envoyée vers ses cl\ers sauvages! Son désir est connu de ses supérieures qui lui en laissent l'espérance, ce qui la comble de consolations dans le fond de son âme^ »
La mort seule empêcha M"'^ Bardot de partir. — Anna Murphy, accompagnée de M""® Lucile Mathevon, débarqua à la Nouvelle -Orléans au commencement de l'année 1822. « Monseigneur, dit-elle à l'évèque de la Louisiane, je suis venue de France, et non -seulement de France, mais d'Irlande, pour être votre obéissante fille. Ainsi, faites de moi, en toute occasion, tout ce qui vous plaira. Tout m'est égal : peu m'importe où je serai placée, pourvu que ce soit en Amérique ^ » M^" Dubourg la mit au Grand-Coteau, auprès de M""" Aude. — Louise Dorival partit, avec quatre autres sœurs, en 1827, et arriva à Saint-Louis le jour de la fête du saint Nom de Jésus. « Ce jour est de bon augure, observe son journal. Puisse-t-il se vérifier ! Puissions-nous contribuer à faire connaître ce Nom sacré de notre Maître, étendre l'amour de son Cœur, et nous montrer les dignes filles de la Société ! »
M""® Barat avait peine à se séparer de son noviciat. « Impossible que je m'éloigne en ce moment, écrivait-
1 Journal du noviciat, 1820-1821, février, p. 31.
2 Journal du voyage. Nouvelle-Orléans, 6 février 1822.
elle en 1823. Notre maison ayant éprouvé de grands vides à cause des fondations, à présent il me faut former et comme créer toute cette jeunesse, appelée à remplacer celles qui sont parties. Quoique par moi-même je puisse bien peu de chose, la grâce de rautorité agit, et il faut bien que je me garde de quitter maintenante » Cependant, vers cette époque, ayant été obligée de faire de longues absences, elle appela à Paris, pour la suppléer, comme maîtresse des novices, la mère Desmarquest, qui, pendant quarante ans, allait être son auxiliaire le plus puissant dans ce ministère.
Nous avons déjà dit quelle formatrice d'âmes était la mère Desmarquest. Une prudence consommée, un sens spirituel solide , une bonté qui tempérait Faustérilé d'une sorte d'ascétisme antique , lui composaient un fond de nature et de grâce spécialement propre à cette fonction. Attentive à tous les besoins de ses novices, elle était regardée par elles comme une mère. « Mes filles, leur disait- elle, je n'ai pas d'autre tâche ici que celle de vous rendre heureuses! » Que de fois, durant la nuit, on la voyait passer, silencieuse, dans les chambres ou les dortoirs de ses filles, pour les réchauffer pendant l'hiver, ou les rassurer pendant l'orage! Surtout que d'âmes elle a pacifiées, fortifiées contre les désolations ou les tentations! Quelles intuitions elle avait du fond des cœurs, quelles divinations mystérieuses, et si justes qu'on ne les expliquait que par une communication de la lumière d'en haut. Mais si profonde que fût sa tendresse puursesfiUes, cette tendresse ne s'épanchait tout entière (|iie dans le Cœur de Jésus-Christ. Elle était avec Lui
« A M"'<^^ OcoIVroy, 8 août 1823.