‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 194 sur 223 · MADAME DESMARQUEST ET SES NOVICES · texte numérisé non relu

MADAME DESMARQUEST ET SES NOVICES

dans une habitude de pensée et d'amour qui lui donnait un calme et une suavité qui ne connurent jamais de nuage. Une démarche silencieuse , comme serait celle d'une ombre, un signe pour tout commandement, l'exemple pour première leçon ; partout dans sa parole, son action, ses mouvements, une régularité que rien ne faisait dévier : telle est l'image que la mère Desmarquest a laissée dans le cœur de ses filles. L'ordre vivait en elle comme dans son essence même. C'était, pour les novices, moins un guide que la forme même et le moule oii allait se fondre la nouvelle génération des épouses de Dieu.

Au-dessous de M"'® Desmarquest, la mère de Marbeuf, alors sacristine, apportait aux novices l'exemple de sa bonté, de sa mortification, et les leçons de sa vieille expérience du monde. Elle leur disait quelquefois : « Vous qui avez quitté le siècle avant de le connaître, vous croyez avoir fait en cela beaucoup pour Dieu. Ne soyez pas si fières de votre sacrifice. Si vous saviez ce que c'est que l'esclavage du monde : c'est une vie de galère * ! »

Divers prêtres et religieux prêtaient à ce noviciat le secours de leur ministère : c'était d'abord le Père Varin. Personne n'avait plus que lui le don de jeter les âmes dans la vraie vie du Sacré-Cœur. Ces deux pensées : « Dieu est à vous, et vous êtes à Dieu, » lui fournissaient d'ordinaire, aux discours de vêture ou de profession, les instructions les plus fortes. On ne les oubliait jamais : et vingt ans après, nous entendrons une de celles à qui il les avait adressées, répéter, en moui'ant

1 Souvenirs de la sœur Virginie Roux , p. 70.

sur les côtes d'Afrique : « Je suis transportée de joie, et j'éprouve la vérité de ce que me dit autrefois le Père Varin : « Ma fille, vous mourrez en disant : Que Dieu est bon ^ ! »

Le Père Guyon, le Père Sellier, le Père Mac-Carthy venaient prêcher les retraites. Le Père Sellier était un des plus anciens amis de la Société, et M"'^ Barat le vénérait comme un saint. « Dites au Père Sellier qu'il veuille bien dire une messe pour ma conversion, » lui faisait-elle demander par une de ses filles d'Amiens. Et dans une autre lettre : « Dites- lui qu'il prie pour moi , afin que j'entre bien dans les desseins de Dieu. Il faudrait un autre Moïse pour conduire le peuple qui nous est confié, et j'en suis si éloignée-! » Sa parole élevée, véhémente, originale, plaisait à la communauté. Rappelant les premiers débuts et montrant les progrès de la Société, il la comparait à la statue du songe de Nabuchodonosor : « Nous l'avons connue dans ses commencements, disait-il, nous avons vu ses pieds : qu'ils étaient humbles et frêles! Ah! je puis l'attester, c'était de l'argile tout pur. Mais vous, qui aujourd'hui êtes sa poitrine, son cœur, soyez d'argent, mes chères sœurs; je ne dis pas assez, soyez d'or^ ! »

Le Père Mac-Carthy était le plus célèbre prédicateur de ce temps. « Quel apôtre que ce Père ! disait M'"*' Barat, comme il prêche avec force et persuasion!... » Édifié lui-même du spéciale que lui donnaient les retraites du Sacré-Cœur, il écrivait, au lomlemain de ces pieux

• Journal du noviciat. V. paroles de M. ilfi Sainl-Alouarn. — V. sa jirise d'habil, 13 janvier 1820, el sa mort, leUre du 3 février 18-iG. 2 A M"» de Rozeville. l'aris, 10 avril 1828. :i Journal, 12 mai ISfîn.

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