CHAPITRE III
MENACES POLITIQUES EN FRANCE . FONDATION DE I.A TRINITÉ A ROME M™'5 BARAT SE VOUE, ELLE ET SA SOCIÉTÉ, A l'EXPIATION
Progrès de l'esprit révolutionnaire. — Menaces contre les jésuites et le Sacré-Cœur. — M™= Barat anime ses filles à la grandeur d'âme, au courage, à la confiance, -au zèle, à l'expiation : être anges et victimes.
— Les Jésuites expulsés de leurs collèges. — Déchaînement du mal. — M™" Barat témoin de la suppression de Saint-Acheul. — Fondation demandée à Rome par le Pape et le nonce, Mgr Lambruschini. — La Trinité-du-Mont; M™= A. de Causans nommée supérieure; installation.
— M™^ Barat proteste qu'elle n'est pour rien dans cet ouvrage. — Elle envoie une colonie y fonder le pensionnat. — Zèle de M^'^ Barat. — Fondations à Saint-Charles du Missouri, à Perpignan et à Avignon.
— M°>« Barat voue ses filles à l'expiation. — Les saintes morts dans la Société. — M"= Barat demande à souffrir. — Elle fait une chute et devient infirme. — Triste année de 1830. M"" Barat victime. — Fête du Sacré-Cœur.
Depuis quelques années, la marche de l'esprit public et des événements ne cessait de donner à la mère générale les plus légitimes préoccupations. « Les affaires noircissent en France, écrivait-elle dès 1825 à M"'® Bigeu ; vous voyez ce dont nous sommes menacées... » — « Que les temps deviennent mauvais! » écrivait- elle le
14 juin 1826 à la mère Geoffroy. Puis tout de suite elle ajoutait : « C'est donc bien le temps de la confiance et de l'abandon, car sans ce secours il y aurait de quoi s'abattre et s'affliger à l'excès. »
En effet, la révolution venait d'être déchaînée par le libéralisme. En 1825, Léon XII les avait dénoncés solidairement dans une encyclique fameuse, dirigée contre les sociétés secrètes, qui avait fait pousser à l'impiété les blasphèmes de l'énergumène sous le coup de l'exorcisme. Mais comme il arrive toujours, peuples et rois fermèrent l'oreille à cette courageuse parole. Ce n'était ni l'honnête mais faible gouvernement de la Restauration, ni même l'épiscopat de l'Eglise gallicane, rattaché au Saint-Siège par des liens encore trop làciies, qui pouvaient opposer à cette double menace politique et religieuse une digue résistante. Le débordement fut complet. Un déluge de journaux, de discours, de pamphlets, de romans, de chansons, vint fondre sur l'Église, préludant à la violence par la dérision. Tantôt c'était la pieuse associalion des catholiques que, sous le nom, désormais exécré, de Congrégation, l'on dénonçait comme une conspiration clandestine contre les institutions libérales du pays. Tantôt c'était le fondement même du christianisme que l'Université essayait de miner, afin de bâtir sur ses ruines le temple de la raison pure. En même temps le Gallicanisme et le Menaisianisme, comme on appelait les tendances de M. de Lamennais, divisaient le clergé. L'excès était partout. Dans récole, dans la presse, dans la rue, à la tribune, au barreau, une effroyable collision d'idées et de croyances mettait les esprits aux prises, et amenait iliaque jour (juclque nouveau combat.