‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 197 sur 223 · MENACES DE L'IMPIÉTÉ · texte numérisé non relu

MENACES DE L'IMPIÉTÉ

Comme toujours, les Jésuites eurent l'honneur d'essuyer les premiers coups de feu : c'est leur privilège d'avant- garde. « Il fait un temps bien rude à Paris de toute manière, écrivait M"^ Geoffroy pendant la tenue du Conseil. Que Dieu en soit béni! Les Pères de la Compagnie de Jésus sont en jubilation de se voir dignes de souffrir pour un si beau nom*. »

En 1827, l'orage grossit encore, et voici en quels termes M""" Barat faisait part de ses sollicitudes à M""^ Duchesne : « Si je vous parlais maintenant de notre position politique, de la haine que l'on déploie contre la Société de Jésus et contre tout ce qui est bon, que vous gémiriez! Qu'allons-nous devenir? Dieu le sait! Ah! du moins, prions M » — « Vous partagez mes ennuis et mes inquiétudes, écrivait-elle en novembre à la mère Giraud. Oui, il n'est que trop vrai, nous marchons sur une terre mouvante que borne le précipice. Nous ne pouvons l'éviter sans miracle, et ce miracle on ne le mérite pas--. »

1 Paris, 6 décembre 1826, à la mère Giraud. — Telle était bien, en effet, leur disposition, e( nous en avons la preuve dans cette lettre écrite de Rome, à six jours de là, par le P. Rozaven à M™= Bigeu : « Ma fille, il faut vous attendre à bien des bourrasques. Celle qui se lève maintenant contre nous vous fera peut-être ressentir ses contre-coups. Une chose doit vous consoler, c'est que c'est de cette manière que les œuvres de Dieu se consolident. Il est écrit : « Heureux ceux qui souffrent persécution pour la justice. » Si nous cessions d'être poursuivis par les ennemis de la religion, c'est alors que nous devrions craindre, car ce serait une preuve qu'ils auraient cessé de nous redouter. Il est à croire que, dans la session qui va s'ouvrir, nos ennemis feront de grands efforts pour nous perdre. Nous aurons aussi probablement quelques amis qui se feront un devoir de nous défendre. Dieu veuille les inspirer ! Mais c'est uniquement dans le secours du Ciel que nous mettons nos espérances. » (Auiogr. — Arch. du Sacré-Cœur.)

2 Paris, 8 mars 1827.

3 Ibid., 30 nov. 1827.

A quelques mois de là, le jour des Rois, 6 janvier 1828, le Père Varin entretint ses filles du Sacré-Cœur des menaces du temps. Il élaitf)lein d'ardeur, et le seul sentiment qu'il manifestât élail cette allégresse qui animait les Apôlres quand ils étaient trouvés dignes de souffrir pour Jésus- Christ. « Sans doute, dit -il. des persécutions semblent se préparer; mais c'est bien moins aux serviteurs qu'au ]\Iaître qu'on s'attaque. Et lorsqu'on pense que si ce serviteur consentait à quitter les livrées qu'il porte, loin de le persécuter, on le comblerait de louanges et d'honneur, oh! que l'on s'estime heureux et fier d'avoir à subir une telle persécution ! » — Puis gaiement, résolument, à sa manière habituelle, le Père Varin ajouta : « D'ailleurs, depuis vingt-six ans que nous sommes revenus d'Allemagne, déjà la Société a été dissoute quatre fois : elle peut bien l'être une cinquième. Le meilleur en ceci est donc de s'abandonner à Dieu avec confiance ^ »

On le devine assez : le nom du Sacré-Cœur n'était pas moins odieux à la Révolution que celui des Jésuites. Une inepte impiété, traitant d'idolâtrie le culte de Xotre- Seigneur aime et glorifié sous cet aimable symbole, le livrait au ridicule, avec des noms burlesques-. La proscription de la Société de Jésus paraissait devoir entraîner, comme conséquence inévitable, celle du Sacré- Cœur, ainsi iiuc le Père Rozaven le faisait entrevoir dans celle lellre, adressée le 18 janvier à .M""' Barat :

i Journal , C jnnv. 1828.

'^ C'est alors' que M. Kératry portail à la tribune des afiirmalions de celle force: « A quoi aboutissent ces missions? i\ propatrer h- culte du cordicnlisme , qui n'a jamais élé dans noire relipion d'es|>rit et de vérité !...» ~ V. Ilisloirr de lu lirsluiinilin,, . pnr M. Alf. X.-n.m.-nt . t. VIII, |). 220.

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