‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 198 sur 223 · MENACES DE L'IMPIÉTÉ · texte numérisé non relu

MENACES DE L'IMPIÉTÉ

« Nous sommes menacés plus prochainement que vous; mais si nos ennemis triomphent, ce ne sera vraisemblablement que le commencement des malheurs. Notre confiance est en Celui qui commande à la mer et aux vents. Il n'est point au pouvoir des hommes d'instituer un ordre religieux : ils ne peuvent pas davantage le détruire sans une permission de la divine Providence, à laquelle nous devons une entière et parfaite soumission ^ »

Hâtons-nous de le dire. Pour comprendre la frayeur qu'inspirait la menace imminente d'une révolution, il faut tenir compte de l'état des esprits à cette époque. Plus d'un demi-siècle de secousses presque périodiques n'avaient pas encore accoutumé la France à ces convulsions qui, hélas! semblent être aujourd'hui de son tempérament. Puis la Révolution, aux yeux de tous, c'était le régime de 93; et la génération d'alors avait encore trop présent le souvenir des dix années qui avaient suivi la première chute du trône, pour envisager sans frissonner le retour d'une nouvelle Terreur.

Dans cette appréhension, qui était générale. M™® Barat sentit qu'il n'y avait plus d'espérance que du côté de Dieu. « Que nous avons besoin d'être près de Dieu, ma fille! écrivait-elle le 28 mai; nous devenons des démons dans notre belle France : c'est affreux ! Oh ! comme Jésus veut que nous devenions des saintes*! »

C'était toujours là qu'en revenaient les instructions de la supérieure ; et au sein de ce déluge qui montait toujours, il y avait quelque chose qui montait plus haut

1 Rome, 28 janvier 1828. Aulogr.

2 A. M™" de Gausans, 28 mai.

encore : c'était l'âme de M""' Barat. Continuellement unie à Dieu, elle y portait, pour ainsi dire, ses filles sur ses ailes. A l'une elle disait : « Montons au-dessus des basses régions où se forment les orages, comme dans la saison qui approche de l'hiver, et attachons-nous les ailes agiles que Jésus-Christ nous a acquises de son sang pour nous élever jusqu'au ciel de l'union avec Lui. Placez haut votre vol, et atteignez ainsi le lieu de votre reposa » A l'autre elle disait de redoubler de vaillance poui" l'heure des combats : « Il nous faut un courage, ma fille, qui ne se démente jamais, qui s'irrite même et augmente en proportion des obstacles et des difficultés. La mort seule peut l'arrêter, et souvent même la morl est causée par ces élans de générosité et d'amour. C'est ainsi qu'un vaillant soldat combat pour son prince : ou il remporte la victoire, ou il perd la vie dans un assaut. Hélas! pourquoi faut-il qu'il y ait des courages tels pour la terre, et que nous en ayons si peu pour un Dieu qui a tant fait pour nous! Voilà ma jalousie; et cependant je suis si lâche au service de Dieu'! »

Telle était la leçon du courage; celle de la confiance n'était pas moins éloquente : « Tenons-nous près, toul près du Cœur de notre Jésus, écrivait- elle alors à la mère Emilie, et ayons cette confiance, appuyées sur sa parole, qu'il n'abandonnera pas les siens. » — « Avezvous manqué de quelque chose lorsque vous avez tout quitté pour me suivre? disait-il à ses disciples? — Non, Seigneur! » Et lorsqu'il fut livré à ses ennemis : « Laissez aller ceux-ci! » Quoi'jue placées près du théâtre de

1 A la iiiùrc A. Michel, i iiuv. 182'j.

2 A M"" Eni. «iiiMuil, Paris, 14 juillet 18*26.

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