SES ARMES POUR LE COMBAT
la mêlée, quand elle s'engagera, nous prierons, et saint Michel combattra pour nous. Soyez donc sans inquiétude, mais redoublez de prières; redoublez surtout de ferveur et de fidélité. Dieu veut encore cribler ses élus, et surtout ses épouses. Sa main balaiera la paille, seul le bon grain restera. Dites ce mot à vos sœurs *. »
Mais à cette heure critique où allait recommencer le drame de la Passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, c'était peu de se placer ainsi sur son Cœur pour s'y rassurer; M""^ Barat demandait à ses filles de s'attacher à sa Croix pour la partager. Voici comment elle parlait du devoir de l'immolation et de la rédemption par le Sacré-Cœur : « Vous devez être à la fois des anges et des victimes. N'en doutez pas, mes filles, le Cœur de Jésus ne vous a placées au sein de cette iniquité que pour servir au peuple de rempart et de sauvegarde contre sa colère. Il vous appelle à partager avec lui l'office auguste de Sauveur; et il faut vous dévouer auprès de Lui pour le monde, comme Luimême se dévoue pour nous auprès de son Père; mais, grand Dieu ! quelle différence dans la qualité de la victime! que nous sommes loin de justifier ce choix de Jésus-Christ! Voilà la croix qui me dévore ^ »
Cette croix s'aggrava bientôt du poids des événements qu'elle n'avait que trop bien prévus. Elle écrivait le 6 juin 1828 à M"^ Duchesne : « Priez, ma chère Philippine, pour notre malheureuse patrie. Nous sommes à la veille des grandes calamités. Les Jésuites vont encore une fois être renvoyés. Celait la première digue :
1 Paris, 2U novembre 1827.
2 Paris, 20 nov. 1827 et le 3 juiilel, à M'"= Giraud.
celle-ci une fois rompue, tous les maux vont fondre sur nous M »
Elle ne se trompait pas. Deux victoires décisives remportées coup sur coup par les libéraux, brisèrent la dernière barrière que leur opposait la main de plus en plus faible d'un gouv^ernement battu en brèche de tous côtés. Les ordonnances du IG juin, enlevant à l'Église la liberté d'enseignement, créaient le monopole universitaire, chassaient les Jésuites de tous leurs séminaires et collèges de France, restreignaient l'enseignement ecclésiastique aux études strictement indispensables aux clercs, réduisaient à vingt mille le nombre des élèves concédés aux séminaires, enfin exigeaient de tout professeur ecclésiastique la déclaration signée de n'appartenir à aucune congrégation non reconnue par l'État. C'était ainsi que le libéralisme entendait la liberté.
Cinq jours après ces actes, qui venaient de frapper les Jésuites d'impuissance, des pétitions haineuses présentées à la Chambre demandèrent leur expulsion. Le 19 juin, une nouvelle loi sur la presse, abolissant la censure des journaux et écrits politiques, livra l'opinion publique à l'omnipotence de la Piévolution. On venait d'enchaîner le bien, on déchaînait le mal ; il n'y av.'iit plus de frein. Le successeur de M. de Villèlc à la présidence du conseil des ministres, M. de Martignac, prononçait sa parole fatidique : « Nous marchons à l'anarchie; » et l'humble religieuse dont nous écrivons l'hisloirc, retirée dans sa cellule, faisait un suprême appel au Cœur de son Époux pour le salut de son pays.
1 Paris, f. juin 1828.