VIOLENCES DE L'IMPIÉTÉ
Une fois, Notre-Seigneur disait à saiiile Gertriide : « Ouvrez votre cœur, ma fille ; j'ai besoin d'y entrer pour m'y reposer; car je suis faligué de ces jour< de péché*. » C'était la même plainte et la même demande que M"® Barat semblait entendre alors; et elle y répondait. Pendant que les Chambres délibéraient ces lois de proscription, la supérieure fit célébrer dans sa maison de Paris la fête du sacré Cœur avec une solennité qui protestait contre les outrages dont ce divin Cœur étnit alors l'objet : « Cette fête a été presque un petit triomphe pour le Cœur de Jésus par les circonstances qui se réunirent en ce jour, » écrivait la mère générale. Une de ces circonstances était la profession religieuse de neuf novices qui, sans s'effrayer des menaces du temps, s'engagèrent à Notre-Seigneur en face de ses ennemis, comme autrefois les saintes femmes se portaient au-devant de Lui sur le chemin du Calvaire.
A partir de ces tristes jours, il n'y eut plus de joie possible pour la mère Barat. Elle se disposait à se rendre à Beauvais, et de là à Amiens dans le mois de juillet; mais d'avance elle se refusait à toute espèce de réception solennelle: « Non, de grâce, écrivait -elle à M™^ de Rozeville, aucun préparatif, aucune apparence de fêle! Dans ce trisle temps, il faut que nos jouissances soient mêlées de pleurs. Comment pourrions-nous chanter dans cette terre d'exil et de douleurs? Je serai heureuse si je puis adoucir vos ennuis et vos inquiétudes pour l'avenir. Au moins, nous nous encouragerons à les supporter avec force. Nous ne sommes pas seules frappées : regardons nos modèles, et inii-
1 Cilé par le P. Faber : Tout pour Jésus, ch. iv, p. 1G9.
tons^ » — Et quelques jours après : « Surtout, rien qui sente une fête. Je veux vous embrasser, ma fille, et voilà tout. Hélas! notre seule jouissance, dans ce triste moment, sera de pleurer ensemble les malheurs de notre patrie. Elle devient si coupable M »
La mère supérieure arriva à Amiens pour y être témoin de scènes déchirantes. Ce fut dans ces jours-là que se fit le licenciement de ce collège de Saint-Acheul dont le nom remplissait alors la France entière. Après la distribution des prix, huit cents jeunes gens de tout rang,' de tout pays, s'arrachèrent en pleurant des bras les uns des autres, et embrassèrent leurs maîtres pour la dernière fois. « Si vous saviez quel déchirement le renvoi des Pères excite dans les familles chrétiennes! écrivait M™® Barat quelques jours après. Nous sommes encore une fois bien malheureux. Priez Dieu qu'il nous soutienne^. »
Au sein de ces violences, M""' Barat s'habituait à regarder les fondations en pays étrangers comme de futurs asiles contre la persécution de la mère patrie. Rome se présenta comme le premier de ces refuges, et voici quelle protection toute-puissante en ouvrit la porte au Sacré-Cœur.
M^' Lambruschini, nonce du Saint-Siège en France, avait voué à M"'° Barat et à sa Société une estime profonde : « Veuillez, lui écrivait- il à la fin de décembre 1827, veuillez continuer de m'aider de vos prières; entrez dans le Cœur divin qui brûle d'amour pour nous, et demandez-lui instamment que son règne
> l';iris, 7 juillet 1828.
^ Hoauvais, l'i juillet 1828.
■i A M"" iJuciiesiic. Pari.*, 1i î^ei'lembre 1828.