SA FORMATION RELIGIEUSE
la messe dans la petite chapelle. L'abbé Barat leur taisait des instructions familières; et plusieurs se mirent sous sa direction. Outre M^" Duval et Marguerite sa servante, on y voyait de temps en temps M"^ Loquet, personne instruite qui dirigeait un ouvroir où son zèle produisait un grand bien. « Elle avait été formée, disent les souvenirs du temps, dans ces catéchismes fameux de Saint- Sulpice et de Saint-Thomas-d'Aquin, d'où sortirent des âmes solidement fondées dans la doctrine de l'Église; et l'on y avait beaucoup remarqué son mérite ^ » Enfin l'abbé Barat distingua entre toutes M"" Octavie Bailly, âme embrasée d'amour pour Jésus-Christ crucifié. Bien qu'elle fût de dix ans plus âgée que Sophie, elle n'en devint pas moins son amie la plus chère.
Le directeur de ces pieuses filles ne tarda pas à reconnaître en elles la vocation à la vie religieuse. En quel temps, dans quel lieu, dans quelle congrégation leur deviendrait- il possible de suivre leur attrait? L'abbé Barat estimait que c'était à Dieu d'y pourvoir. Pour lui, persuadé que parmi les ruines présentes de la foi dans les âmes , l'apostolat devait entrer pour une large part dans toute vocation , il voulut les préparer à faire l'œuvre de Dieu, en fortifiant en elles l'instruction en tout genre. Sous les respectables auspices de M^''' Duval, il leur fit donc un cours de lettres, de sciences et même de latinité. Sophie suivait ces leçons en même temps que ses compagnes; mais elle avait sur celles-ci une avance si marquée que, pour la prémunir contre les atteintes de l'orgueil , le maître avait soin de dissimuler sa supériorité en arrêtant ses progrès ^
1 Notes de la mère Deshayes, p. 30.
2 Récit de la mère Thérèse, p. lo.
Au reste ce n'étaient plus maintenant les sciences humaines que la jeune fille préférait. Elle lisait, apprenait, traduisait les auteurs sacrés et ecclésiastiques, les plus beaux passages des Pères et des Docteurs, les meilleures leçons des maîtres de la vie spirituelle. Surtout la Bible fut son livre de prédilection. « Elle faisait ses lectures latines dans l'Écriture, qui était les plus chères délices de son saint frère, raconte une de ses premières compagnes. Qui mieux que lui pouvait lui en offrir les explications appropriées à sa jeunesse? Cette éducation solide ressemblait beaucoup à celle que saint Jérôme donnait aux dames romaines de son siècle. A cette école , et à un âge où l'âme reçoit son empreinte, Sophie prit le goût et le désir de la vie intérieure '. «
La vie que Sophie Barat menait à Paris avec son frère, était pauvre, austère, toute cachée en Dieu. Le sommeil y était court , la table frugale , la prière fréquente et le travail continuel. L'abbé Barat donnait quelques leçons au dehors afin de subsister; sa sœur travaillait des mains pour lui et pour les autres; en même temps, elle faisait l'éducation d'une jeune fille nommée Laure, dont le souvenir lui resta toujours cher. Nous apprenons encore que Sophie et ses compagnes prenaient soin de l'instruction de quelques enfants du quartier privés de catéchisme par le malheur des temps : l'institut du Sacré-Cœur est déjà en germe dans ces humbles débuts.
Sophie avait eu d'abord pour directeur à Paris •M. l'abbé Philibert de Bruillard, grande âme sacerdotale, qui avait fait ses preuves d'intrépidité apostolique
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