‹ Histoire de Madame Barat (volume 2)Chapitre 205 sur 223 · LA COLONIE D'AMÉRIQUE S · texte numérisé non relu

LA COLONIE D'AMÉRIQUE S

jyjme Aude recrutait un noyau fervent de novices dans son nouvel établissement de Saint- Michel. Heureuse de ces fruits de grâce, la mère Barat pressait dans l'âme de ces filles le retour à l'âge d'or de la vie religieuse, et impatiente des froideurs qu'on y apportait, elle en adressait à M""^ Aude ces plaintes éloquentes : « Je vous en prie, ma fille, ne cessez de demander au sacré Cœur de Jésus des épouses humbles, simples, zélées pour les intérêts de sa gloire. Que nous en avons besoin ! Le travail presse et devient chaque jour plus nécessaire. Et cependant la charité se refroidit, les âmes ne se livrent pas au divin amour comme dans les siècles passés. Ah! si nous les faisions revivre! Le Cœur de Jésus, cette fournaise enflammée, ne saurait-il produire ces doux et puissants effets dans les âmes qui lui sont consacrées? Au moins à-^aissons-nous! Que nous avons de raisons d'être petites avec tant de défauts et de misères^ ! »

Une grâce que ses filles d'Amérique lui demandaient depuis longtemps, c'était de retourner à ce berceau de Saint- Charles qu'elles n'avaient quitté que les larmes aux yeux, et avec l'espoir d'y rentrer un jour. Une colonie de Pères jésuites venait de s'y établir, comme dans un poste avancé vers les tribus sauvages. Pressentant qu'elle allait peut-être avoir de nouvelles et tristes raisons de multiplier ses établissements dans le Nouveau Monde , M""^ Barat consentit à ce retour. « Tous les maux vont fondre sur nous, écrivait-elle en juin 1828. Dans ce cas, ma chère Philippine, nous vous enverrons du monde. C'est une raison de plus pour accepter Saint-Charles'^. » Elle en nomma supérieure

i Paris, 9 décembre 1827, 2 Paris, 6 juin 1828.

M*"" Lucile Mathevon , qui s'y rendit dans l'automne , au sein d'une indigence consolée bientôt par de grands fruits de salut. « Je tiens beaucoup à Saint- Charles , écrivait M""" Barat dans le printemps suivant : ce sera peut-être la maison qui fera le plus de bien. »

En France, le Sacré-Cœur avançait toujours, même sous le feu de l'ennemi, avec cette confiance intrépide qui fait partie de sa grâce et de sa destinée. Deux hommes considérables de la ville de Perpignan, MM.Lazerme et Delon, l'un député du Roussillon, l'autre conseiller de la Préfecture, étant venus proposer à M""* Barat une maison et des jardins, la supérieure accepta : « Ce sera notre passeport pour l'Espagne, un peu plus tard, » écrivait-elle dès lors à une de ses filles. La mère Grosier y alla installer, au mois de mars 1829, M"® Kerulway, Bretonne de tête et de cœur, capable de se faire aimer des amis de la religion, et de se faire respecter de ses ennemis.

A quelque temps de là, la ville d'Avignon reçut aussi une colonie, qui s'établit d'abord dans l'hôtel possédé par le marquis de Vidaud. On acheta, l'année suivante, l'ancien couvent des Carmes, situé place Saint-Joseph, et on y commença des travaux dont bientôt la Révolution allait interrompre le cours.

^jme gapat voulait des âmes. Non contente de travailler à les enfanter par ces fondations, que ne faisaitelle pas pour les défendre! quels cris de mère elle poussait quand le siècle les menaçait de sa contagion! « .Combien nous soullrons maintenant de voir tant de scandalfs, d'entendre tant d'horreurs! écrivait-elle en njars 1829. C(jiiiiii(iil no.s enlaiils pourront-elles résister

Page 1