ZÈLE ET EXPIATION
à ce torrent? Et les pauvres, et les riches? Ah! ma fille, redoublez de zèle pour toutes ; qu'on leur inculque surtout la crainte de Dieu et l'horreur du péché. Il faut que notre parole frappe comme un glaive à deux tranchants. Fut-il jamais plus nécessaire, ce double glaive? Les cœurs s'appesantissent, s'endurcissent. Si nous nous contentons de vertus ordinaires qui suffisaient autrefois dans un milieu chrétien, nous manquons notre but. Dans les temps extraordinaires , il faut des vertus extraordinaires*. »
Mais quand on a travaillé et combattu pour Dieu, une ressource reste encore à qui veut sauver les âmes : c'est de s'immoler pour elles. Voici en quels termes M"''" Barat faisait considérer à ses filles ce devoir de l'expiation et de la réparation comme un devoir d'état : « Je souff"re, ma fille, Fiat! Il faut bien pâtir, et c'est surtout dans ce temps malheureux, où Dieu est tant offensé, que chacune de nous devrait devenir une victime pour les péchés des hommes! Ah! peut-être y a-t-il d'autres âmes qui souffrent pour nous : quel renversement! J'en ai une telle honte quand j'y pense, que je voudrais aller me cacher sous terre, pour me dérober aux yelix de l'univers, qui semble me reprocher cet attentat. Encore, si j'étais seule coupable!... Mais, ma fille, ne croyez pas que je vous aie en vue, hélas! et que je vous joigne à moi dans ce reproche. Non, mais je dis en général que nous sommes coupables , que nous sommes loin de remplir le but de notre vocation, qui, au fond, est cela^^f »
l A M™« E. Giraud , 23 mars 1829.
a Paris, 7 mars 1829.
Que voulait donc M"*® Baral? Ne savait-on pas souffrir, ne savait-on pas mourir généreusement au Sacré-Coeur? C'était précisément dans ce temps-là que la Société envoyait vers le ciel, de tous les points de la France, les plus pures hosties de propitiation. M*"® Christine de Crouzas venait d'expirer à Grenoble, en prononçant ces paroles : « Qu'on est heureux de mourir dans le Cœur de Jésus! Ah! le beau jour que celui de l'éternité ! Si vous pouviez comprendre combien Jésus e>t bon, vous ne lui refuseriez rien. » — A la Ferrandière. M""® Bardot disait à ses derniers instants : «Jésus, qui sera mon juge, est celui qui m'a rachetée, que craindrais-je? » Puis, pensant à une de ses plus chères devancières dans l'éternité : « Quelle surprise pour la mère Bigeu de me voir arriver! » — A Amiens, la mère Henriette Girard venait de partir pour le ciel, chargée de toutes les commissions de la communauté, comme s'il se fût agi d'un simple changement de maison; puis au dernier moment : « Ma mère, puis-je partir? » demanda-t-elle, et son âme s'en retourna vers Dieu. — Metz venait d'entendre M""*^ Julie Lardeur, autrefois si craintive, aujourd'hui si sereine en présence de la mort, s'écrier dans l'allégresse : « J'ai bien fait de me plonger dans l'océan de la bonté divine et de m'y engloutir tout entière. J'avais trop peur de Dieu : la confiance l'honore mieux. » — A Bordeaux, c'<Hait M""" Augustine Vincent, qui se félicitait de son double bonheur, de mourir au Sacré-Cœur, et de mourir dans de longues et atroces souffrances. — Une autre, une jeune et brillante maîtresse de la maison de Paris, M""" V^ictoirc Févez, priait ses sonirs de ne pas imploi'cr sa guérison, mais uniiiucnicnt l'ncconqilissemenl de la