SON AMOUR POUR LES SIENS
sentiment d'un ordre plus élevé qui la transfigurait : celui de l'amour de Dieu et du zèle des âmes. C'est ce qui apparaît dans une lettre du 10 octobre 1800, la première lettre d'elle que nous possédions. Elle est adressée à M™° Dusaussoy, sa sœur, alors souffrante. Sophie la plaint de ses maux, l'encourage dans ses devoirs, lui promet son concours pour l'éducation de sa jeune famille. La virgilienne se fait oublier dans cette page, pour ne laisser parler que la simplicité et la douce piété de la petite sœur d'autrefois.
« Je suis bien affectée de ton état, ma chère sœur, et tes peines me touchent vivement, te connaissant si faible et si sensible. J'espère bien que ta maladie n'aura pas de suite ; mais il ne faut pas rendre tes afflictions inutiles ; profite donc de ta position pour être un peu plus à Dieu. Avec un peu de confiance en Dieu, Dieu t'aidera, et tu sentiras bientôt que, par quelques efforts, on vient à bout de tout. »
Puis l'amitié déborde en promesses qu'elle devait si largement tenir : « Ma bonne sœur, épanche donc ton cœur dans le mien. Ah! si tu savais combien je m'attendris sur ton sort! Je voudrais, s'il était possible, te décharger de la moitié de ton fardeau. Il viendra ce moment... Tu n'es pas abandonnée dans tes fonctions de mère, puisque Dieu a «u égard à ton insuffisance, en te donnant des personnes qui te viendront en aide. »
On remarquera surtout quelle idée avait déjà de la mission des mères et du côté divin de l'éducation , cette jeune fille de vingt ans que Dieu préparait de loin à ce ministère des anges : « En attendant ce secours, Dieu veut que tu portes seule ta charge pour un peu de temps; mais afin de ne pas détourner de sur toi les vues
de sa miséricorde, ne néglige rien pour inculquer la religion dans les jeunes âmes qu'il t'a confiées. Car, ne te trompe pas : elles ne sont pas à toi , c'est un dépôt dont tu lui rendras compte un jour.
« Adieu, ma chère sœur; embrasse tendrement pour moi toute ta petite famille, et sois assurée que je suis toujours, avec la même affection et la même tendresse, ta sœur et ton amie ^ »
Selon qu'il était convenu, Sophie revenait chaque année passer le temps des vendanges au milieu de sa famille. Elle y présentait le type d'une jeune fille accomplie, exerçant sur ses compagnes et ses amies d'autrefois l'ascendant qu'elle tenait moins encore de son instruction que de sa sagesse et de sa vertu. Elle leur parlait de Dieu, elle les menait à l'église, elle leur communiquait sa tendre dévotion pour la Reine des vierges; elle leur montrait le chemin du sacré tribunal de la Pénitence et de la sainte Table. Mais son premier attrait et le grand objet de son zèle, c'était l'âme des enfants.
c< D'aussi loin que je puis me souvenir, c'est-à-dire vers l'âge de quatre ou cinq ans, nous écrit l'aîné de ses neveux déjà cité ici, la modestie de ma tante, sa douceur, sa voix suave et mélodieuse exerçaient sur moi une véritable fascination. Souvent, pendant les vacances, elle avait la bonté de me prendre par la main et de m'emmener à la promenade sur les hauteurs qui dominent la riante vallée de l'Yonne. Là elle m'instruisait, me parlait de Dieu et de son amour, me racontait des traits édifiants à la portée de mon âge, me
1 Recueil des lettres de M"" Hai'at ù sa famille. — Lettre i", 180(1