ORIGINE DE LA SOCIETE DU SACRE-CŒUR
LE P. varin; le p. de tournély; naissanxe de la société,
PREMIÈRE consécration Avril à novembre 1800
L'abbé Barat est reçu dans la Société des Pères de la foi par le P. Varin. — Le P. Varin : sa vocation, ses grâces, sa vie en Allemagne. — Le P. de Tournély et les Pères du Sacré-Cœur : ses ardeurs séraphiques; il est inspiré de fonder une Société de femmes ; ses premiers essais ; ses prédictions; sa sainte mort. — Le P. Varin en France. — Le P. Barat lui fait connaître sa sœur. — La pierre fondamentale. — Sophie appelée et dirigée par le P. Varin. — Ses premières compagnes. — Le noviciat de la rue de Touraine. — Ardeurs d'apostolat. — La consécration du 21 novembre 1800. — Espérances de l'Eglise et du siècle nouveau.
Vers le mois de juillet de l'année 1800, une lumière décisive pour la destinée de M"° Barat , fut donnée à un saint prêtre à qui Tabbé son frère venait de parler d'elle pour la première fois.
Sophie était alors à prendre quelque repos à Joigny
parmi les siens. Son frère, n'attendant que l'heure
de la voir entrer dans quelque ordre religieux ,
avait fait récemment une grande démarche. Obéis-
3i HISTOIRE DE MADAME BARAT
sant au mouvement intérieur qui depuis longtemps le poussait vers la Compagnie de Jésus, il s'était engagé dans l'association de quelques prêtres fervents , qui, sous le nom de Pères de la foi, aspiraient à reconstituer l'ordre de Saint- Ignace et vivaient sous sa règle. Celui qui avait reçu l'engagement de l'abbé Barat, sur la présentation de M. de Bruillard , s'appelait le Père Varin ou le Père Joseph , comme on le désignait souvent, par son nom de baptême. Il nous faut faire connaître ce serviteur de Dieu. Aussi bien futill'homme de la Providence, non-seulement pour l'àme de M""® Barat, mais pour la société dont nous écrivons l'histoire, et qui vénère en lui son fondateur, son législateur et son modèle.
Joseph Varin d'Ainvelle, né à Besançon d'une famille distinguée dans la magistrature, n'avait guère alors que trente ans. Sa vie, singulièrement diverse et agitée, était marquée du signe des grâces de choix; et ses brillantes qualités semblaient le prédestiner aux plus grandes entreprises, mais il en avait longtemps ignoré le secret. A seize ans , il ne connaissait que chevaux, courses, chasses, aventures et voyages. A dix- neuf ans, il entrait cependant au séminaire de Saint-Sulpice, à Paris; et là, sous la conduite de M. Eméry, il pliait franchement à l'étude, à la piété et à la discipline les énergies d'une ànie qui n'avait rien perdu de ses bouillantes ardeurs'. Mais le travail sédentaire allait mal à cette nature; et bientôt sa santé compromise gravement le força de renoncer à la vie
1 Un saint sulpicicn, qui plus lard se fil Irappisle, M. l'abbé Tassin , disait alors de lui et de quelques-uns de ses compagnons : •■ Vous verrez •-es jeunes gens former une société qui fora un grand bien dans l'Llglise. »
LE PÈRE VARIN 3a
du séminaire. Tl quitta donc Paris, à l'âge de vingtdeux ans, le jour même de la fameuse prise de la Bastille. Peu après, nous le trouvons enrôlé dans un régiment de dragons de l'armée de Condé, et faisant avec une bravoure chevaleresque les campagnes de 1792 et 1793. Là , sans rien perdre de sa foi et de sa courageuse pureté, il retrouvait au milieu des périls et des batailles une santé avide de mouvement et d'action.
Un jour, à vingt-cinq ans, désespéré d'avoir manqué un combat meurtrier livré pendant un congé qu'il prenait dans sa famille, Varin d'Ainvelle s'était rendu en Belgique pour demander du service dans les hussards de Choiseul. Passant alors par Vanloo, il y visite quatre de ses amis de séminaire qui le pressent instamment de se consacrer avec eux au service de Dieu. Le soldat se contente d'en rire : « Faites de moi ce que vous voudrez, excepté un moine, leur dit-il d'abord. — Soyez tranquille, lui répond le chef de la petite troupe, vous serez toujours militaire. Nous servirons Dieu en soldats, l'arme au bras et au cœur. » Varin consentit du moins à consulter Dieu. Il se confessa, il communia; Dieu lui parla au cœur. Quand il se leva de la table sainte, il élait baigné de larmes; et saisissant la main de celui qui venait de lui donner la communion: « Quand même, lui dit-il. Dieu m'eût envoyé un ange pour me faire connaître sa volonté , je n'en aurais pas une certitude plus entière. Je n'hésite donc plus, je suis avec vous ^ »
< Lettre du P. Varin à sa sœur, dans la Vie du H. P. Var'iii, par le P. Ach. Guidée, ch. iv, p. 25. — Voir le récit autogr. de M"»« de Grammont d'Asler sur ces commencements du P. Varin, dans' le journal du Conseil de 1820.
Le jour où cela se passait, 18 juillet 1794, était justement la veille de celui où Théroïque M""" Varin, sa mère, « montait à l'échafaud, pour de là monter au ciel, » suivant l'expression même de cette femme sublime. Son fils l'ignorait alors. Mais la dernière prière de la noble victime avait été offerte pour que ce fils rentrât « dans sa vocation* ».
Les quatre amis qui venaient de reconquérir à l'Eglise cette âme rachetée par le sang d'une mère, étaient l'abbé Charles de Broglie , Pierre - Charles Leblanc , Xavier de Tournély, et son frère aîné, Léonor de Tournély, prêtre d'une piété angélique, que ses amis avaient élu supérieur de leur petite société du Sacré- Cœur. Tel était le nom qu'avait pris cette troupe de jeunes hommes, décidés à reconstituer l'ancienne et célèbre Compagnie de Jésus.
Le jour môme où elle faisait cette riche recrue , l'association errante se mettait en route pour l'Allemagne ; et après cinq semaines de marche, elle arrivait à Augsbourg. Ce fut là qu'au bout de deux ans d'épreuves héroïquement décisives, Joseph Varin reçut le sacerdoce , dont il saluait en ces termes la captivité bienheureuse : « Me voilà donc lié, attaché pour toute
1 Voir Notice en noie dans la Vie du P. Variai, ch. v, p. 35. — Celte femme admirable disait quelquefois en parlant de son fils : » Mettonsnous à genoux et disons un Pater et un Ave pour Joseph; il n'est pas dans sa vocation, et il se perdra dans l'état militaire où il est aujourd'hui. I) — « Ne nous plaignons pas, répondait -elle aux personnes qui pleuraient sur son sort, nous savons où nous allons : d'abord à l'échafaud. et de là au ciel. » — Accusée d'avoir correspondu avec son fils émigré, clic avoua simplement ce crime capital : " J'olTenserais Dieu, réponditelle, si je trahissais la vérité, et je ne veux pas plus la trahir (|uc ma foi. I) — Elle moula A l'éclmfaud d'un pas ferme, à l'àgede cinquanle-scpl ans.