LE PÈRE VARIN
ma vie, comme une victime à l'autel. Ah! du moins, je ne me débats pas dans ces liens. Loin de songer à les briser, ou plutôt à m'y briser moi-même, ces liens dont les anges se reconnaissent indignes, je les baise et les chéris : ils sont tout mon bonheur. Seulement que n'ai-je un autre cœur, un cœur brûlant d'amour, pour répondre au bon Maître , à l'ami, au tendre Père que , chaque jour de ma vie , je verrai sous mes yeux et je porterai dans mes mains ^ ! »
Repoussée par les progrès de l'invasion française d'Augsbourg à Passau , de Passau à Vienne , de Vienne àHagenbrunn, la petite colonie, pauvre, persécutée, augmentait chaque jour en nombre et en ferveur. C'est alors que Dieu commença à découvrir à leur foi un ouvrage nouveau.
Il ne suffisait plus au zèle sacerdotal de travailler à relever la religion par les hommes. Les femmes, les mères de famille, les épouses chrétiennes, les jeunes filles vertueuses devaient avoir aussi une part très-considérable, et plus grande que jamais, dans la rénovation de la société. C'est pourquoi Tournély se sentit inspiré de fonder, parallèlement à son institut d'hommes, et presque sur le même plan, un institut de femmes consacrées à l'instruction non-seulement des enfants pauvres, mais des classes élevées et influentes du monde. « Se dévouer au cœur de Jésus, disent les Mémoires du temps, ressusciter l'amour de Jésus dans les âmes et la lumière de *sa doctrine dans les esprits ; pour cela , prendre les sentiments et les dispositions intérieures de
1 Lettre du P. Varin à sa sœur M""^ de Chevroz, citée dans sa vie, ch. IV, p. SI.
ce Cœur divin et les répandre par le moyen de l'éducation de la jeunesse : tel était le but de Tournély dans la conception de cet ordre de femmes ^ » En conséquence cet ordre devait porter, comme l'autre, le nom du Coeur de Jésus, selon que le divin Maître lui-même s'en était ouvert à son serviteur.
Comment s'était faite cette communication ? dans quelle union intime avec Jésus- Christ vivait habituellement le supérieur de la communauté d'Hagenbrunn? Il faut s'arrêter un peu devant cette figure toute sainte, toute céleste du Père de Tournély. En effet, pour la famille religieuse du Sacré-Cœur, cet homme est le premier ancêtre; et, par lui, nous remontons jusqu'au foyer sacré d'où descendit l'étincelle qui va tout animer dans cette institution, tout éclairer dans ce récit.
Dieu a été rarement plus aimé sur la terre qu'il ne le fut par ce prêtre dont la sainteté reconnue faisait écrire ces mots à M. Émery : « J'ai connu bien des hommes éminents en vertu ; j'ai lu les vies d'un grand nombre de saints; et je puis déclarer n'avoir jamais rencontré une âme plus embrasée de l'amour de Dieu que celle de mon cher de Tournély ^ »
Cet amour de Dieu , Tournély le tenait du cœur pénitent de son père, homme longtemps égaré, mais qui, une fois converti, avait étonné Laval par une vie d'anachorète, couronnée par une mort de jjrédestiné. 11 le tenait surtout du conir séraphi(iuc de sa mère,
1 Noies aulograplies de lu mcrc Dcs/mj/cs, p. '2">.
2 Leilves à la Sociclé des Prres du Sacré-Cœur et à ii famille de Tmiruélij. — Cit. l'iV du /'. l'arii) , cli. vu.